L'ami des trois ordres
L'ami des trois ordres ou réflexions sur les dissentions actuelles, par l'auteur du Catéchisme du citoyen est une brochure de 14 pages parue en 1789, sans indication de lieu, attribué à Saige par le Dictionnaire des ouvrages anonymes de Barbier.
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| Barbier, Dictionnaire des ouvrages anonymes. Tome I. A-D /p. 134 |
Il faut examiner d'abord le contenu du texte avant de pouvoir l'attribuer à son auteur.
Contenu
Le propos de la brochure se veut rassembleur, dans un contexte de "dissensions". Les divisions et les oppositions entre les ordres, auxquelles il est fait allusion, seraient le fait d'une cabale. L'indignation du tiers état a été détournée vers la noblesse et le clergé. Si certains privilèges sont abusifs, ce ne sont pas eux qui ont plongé la nation dans la servitude. Au lieu de s'opposer aux deux autres ordres, le tiers état devrait s'y allier pour lutter contre l'arbitraire royal :"1. Un prix relativement peu élevé, les mettant donc à la portée d'un public assez large, et même populaire ;
2. Dans l'ensemble, une brièveté textuelle qui permettait une lecture rapide ;
3. Une voix narrative et un genre avec lesquels le public était familiarisé ;
4. Un niveau de discours suffisamment simple et direct pour être facilement compris."
"Le tiers état, avant de s'élever contre les classes privilégiées, devrait commencer par briser conjointement avec elles la chaîne commune qui les accable et par détruire complètement le pouvoir arbitraire, qui pèse également sur les grands et es petits, sur les nobles et les plébéiens" (p. 4).En s'appuyant sur l'historien anglais Dalrymple et sur son histoire de la constitution des parlements, l'auteur manifeste sa confiance dans le rôle naturellement prééminent du tiers état :
" Dans une constitution libre et bien réglée, il acquerra naturellement, et par la seule force des choses, la prépondérance à laquelle il aspire"
Mais il craint ses "démarches prématurées" inspirées par des "raisonneurs" ... "dangereux et perfides". Car la division des ordres favorise le despotisme. L'auteur plaide pour l'union sacrée des trois ordres contre le despotisme royal qui a lutté contre le privilège des Communes, car les bourgeois des villes se sont vu retirer le droit de choisir leurs élus, désormais nommés pour être complaisants.
L'auteur dénonce le rétablissement de la taille, autrefois abolie, et l'accroissement de son fardeau sur le tiers état : "dix fois au-delà de ce qu'elle était originairement" (p.8). Il condamne (p. 8) les enregistrements forcés contre les parlements, les lettres de cachet, signées en blanc. Il stigmatise les mesures répressives prises contre les parlementaires visant à les faire taire (p. 11), évoquant, "au milieu du sanctuaire des lois, deux magistrats victimes de leur zèle pour la Constitution" (enlèvement de d’Eprémesnil et Goislard de Monsabert).
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Et, s'adressant au peuple (p.14) : "content du sacrifice que ces deux ordres font de leurs privilèges pécuniaires" n'ébranlez pas "l'antique édifice de la Constitution". L'auteur ne doute pas que Noblesse et Clergé renonceront d'eux-mêmes à leurs privilèges et consentiront à l'impôt ! Il souhaite, dans une conclusion empreinte d'un optimisme naïf :" que la constitution des états-généraux soit le signal de la concorde générale", pour que "l'édifice du bonheur public soit enfin solidement assis sur la base inébranlable des lois" !
Attribution
"L'Ordre plébéien, oubliant la cause de la liberté publique, sa propre dignité et son propre intérêt, rend le Trône arbitre de ses demandes et de la constitution, et lui fonde ainsi, par son imprudence, un pouvoir redoutable sur la base des divisions nationales". (p. 10)Au vu de ces seuls éléments, on pourrait penser à un auteur hostile au tiers état, dissimulé sous le titre de "l'auteur du Catéchisme du citoyen" pour tromper son lectorat et développer des idées contraires aux idées prérévolutionnaires et rousseauistes de Saige.
Pour Saige, défenseur de Parlements représentants de la Nation, le péril est dans le despotisme. Les dissensions entre les ordres leur font oublier leur ennemi commun.
Saige manque le tournant de l'histoire. À cet égard, le livre marque une étape décisive dans la vie de son auteur qui, à partir de ce moment, se détourne de la réflexion politique pour se consacrer à la philosophie, à une religiosité poétique et à l'utopie. S'éloignant des fureurs de la Révolution, il la traverse sans dommage, contrairement à son cousin François-Armand, maire de Bordeaux, guillotiné, victime de la Terreur.
Guillaume-Joseph Saige meurt en 1804, à l'âge de 58 ans.
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- L'ami des trois ordres ou Réflexions sur les dissentions actuelles, par l'auteur du Catéchisme du citoyen, , 16 p. (lire en ligne [archive]).
- Barbier, Billard, Dictionnaire des ouvrages anonymes. Tome I. A-D, 1872-1879 (lire en ligne [archive]), p. 134
- Vivian R. Gruder : Un message politique adressé au public : les pamphlets "populaires" à la veille de la Révolution, Revue d'histoire moderne et contemporaine, tome XXXIX-2, avril-juin 1992, p. 161, 166, 175, note 31.
- Antoine de Baecque, Pamphlets : libel ans political mythology, in Revolution in print.The press in France 1775-1800, Robert Darnton and Daniel Roche editors, 1989, p. 165
- Sir John Dalrymple (1726-1810), An essay towards a general history of feudal property in Great Britain, London, 1759.
- Michel Bottin, La réforme constitutionnelle de mai 1788 : l’Edit « portant rétablissement de la Cour plénière », Mémoires et travaux de l’AMHEJ, Nice,1982, 214 p. Edition électronique Michel-Bottin.com, mars 2021.
- Paolo Alvazzi Del Frate, La « grande acculturation constitutionnelle » : Constitution et Peuple à l’époque révolutionnaire, Revue française de droit constitutionnel, 2020/3, n° 123, p. 597 à 60.



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