Manuel de l'homme libre
Le Manuel de l'homme libre, ou Exposition raisonnée des points fondamentaux du droit politique est un ouvrage pré révolutionnaire, prétendument publié à Amsterdam en 1787, comme l'indique la page de garde.
Il comporte une table des chapitres - au nombre de XV-, une brève introduction de deux pages - sur un total de 236 pages -. L'ouvrage est en format in-12.
Par la mention d'un lieu d'édition extra territorial, il échappe à la censure. L'ouvrage a pu être imprimé en France, mais clandestinement. Une édition donne la double localisation : Amsterdam - Paris, [39]. L'auteur, qui a aussi écrit le Catéchisme du citoyen, a vu son livre brûlé par les Parlements de Bordeaux et de Paris en juin 1775, sans nuire à son succès, ni empêcher ses réimpressions.
Le Manuel de l'homme libre est attribué à Guillaume-Joseph Saige par Barbier & Billard, dans leur Dictionnaire des ouvrages anonymes. Tome III., 1872-1879 (lire en ligne [archive]), p. 37
Titre
Comme le Cathéchisme, qui fonde un genre de littérature politique importé de la catéchèse chrétienne, le Manuel est un titre de combat, emprunté non pas à Épictète, qui n'a rien écrit, mais à son disciple Arrien (an 125 de notre ère).
Ἐγχειρίδιον (enkheiridion) » désigne « ce que l'on garde sous la main », c'est-à-dire, à l'époque, un poignard, selon le Bailly.
Simplicius, au VIe siècle, parle en effet du livre que l'on doit garder sous la main, comme les soldats, ceux qui veulent bien vivre », gardent leur poignard sous la main.
Ἐγχειρίδιον (enkheiridion) » désigne « ce que l'on garde sous la main », c'est-à-dire, à l'époque, un poignard, selon le Bailly.
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| Manuel de l'homme libre - Manuel d'Epictète (en grec) - Traduction française 2015, GF |
Simplicius, au VIe siècle, parle en effet du livre que l'on doit garder sous la main, comme les soldats, ceux qui veulent bien vivre », gardent leur poignard sous la main.
Le titre n'a donc pas été choisi de manière innocente par son auteur : le « Manuel de l’homme libre » est un « poignard » contre le despotisme, en même temps qu'un traité de droit politique, développé dans une forme particulière, celle de l' « exposition raisonnée ». Le terme renvoie à « L'Encyclopédie » de Diderot et d’Alembert (à partir de 1751), dite « Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers ».
Livre censuré, donc de combat. Le titre s’inscrit d'autorité dans le cercle des Lumières. Annoncerait-il déjà la politique comme une science, un art et un métier ?
L'épigraphe
"Res est sacrosancta libertas et divini juris : quippe a Deo implicat naturae, ut eam tentare scelus fit, impium circumvenire, occupare nefarium (La liberté est sacro-sainte et relève de la loi divine, puisque Dieu l'implique dans la nature, de sorte que c’est un crime de l’étouffer, impie de l’enfermer, et néfaste de s’en emparer). La citation de l'épigraphe est extraite de Gravina, du De jure naturali, gentium et XII Tabularum, Cap. XVIII, qui est le volume II de Originum juris civilis libri tres. [ici, p. 87].
On la trouve dans le catalogue de la bibliothèque de Montesquieu, qui s'y réfère habituellement dans ses Pensées (1574, 1761, 1763, 1912 et 1913). Le texte circule parmi les élites.
On la trouve dans le catalogue de la bibliothèque de Montesquieu, qui s'y réfère habituellement dans ses Pensées (1574, 1761, 1763, 1912 et 1913). Le texte circule parmi les élites.
Giovanni Vincenzo Gravina (1664-1718) est un célèbre juriste napolitain, fondateur de l'Académie d'Arcadie. Son œuvre principale, en latin, Originum juris civilis libri tres, parait à Naples en 1701. Elle est traduite en français en 1766 par Jean-Baptiste Requier sous le titre L’esprit des loix romaines. Gravina, jusnaturaliste, y condamne la tyrannie et voit dans le contrat social le fondement de la société civile.
Contenu
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| L'avocat de la République dessiné par James Gillray Habits of New French Legislators London, H. Humphrey, 1798 Bristish Museum conditions de reproduction |
INTRODUCTION
Le livre se place sous les auspices de "l'auteur immortel du contrat social". Il développe la doctrine du "philosophe genevois". J. J. Rousseau est mentionné plus loin dans le texte (pp. 45, 190).
La seconde partie du titre du Manuel de l'homme libre : "Exposition raisonnée des points fondamentaux du droit politique" rappelle la seconde partie du titre du Contrat social : "Principes du droit politique".
L'auteur, qui dit "glaner" dans les traces des "esprits supérieurs", ne revendique donc aucune originalité. Il vulgarise "cette doctrine, seule base d'une politique raisonnable et avantageuse à l'humanité". À l'attention de tous les pays de "toutes les contrées de la Terre", précise-t-il, "selon les décrets invariables du suprême ordonnateur de l'univers".
Il
affirme qu'une "constitution légale est le seul fondement durable du bonheur des nations et des particuliers".
CHAP. I. De l'Homme confidéré comme individu, & d'un droit primitif qui eft en lui le fondement de tous les autres droits, 5
CHAP. II. Que ce droit eft indeftructible & inaliénable, 13
CHAP. III. Des Hommes confidérés collectivement, & de l'Effence de toute affociation légitime, 15.
CHAP. IV. De l'Ordre Politique, 31
CHAP. V. De l'Autorité Souveraine, ou du pouvoir directif de la Société Politique, 57
CHAP. VI. Objections réfolues, 68
CHAP. VII. De la Loi & de fon exécution, 88
CHAP. VIII. Subordination néceffaire & exiftence précaire du pouvoir exécutif, 98
CHAP. II. Que ce droit eft indeftructible & inaliénable, 13
CHAP. III. Des Hommes confidérés collectivement, & de l'Effence de toute affociation légitime, 15.
CHAP. IV. De l'Ordre Politique, 31
CHAP. V. De l'Autorité Souveraine, ou du pouvoir directif de la Société Politique, 57
CHAP. VI. Objections réfolues, 68
CHAP. VII. De la Loi & de fon exécution, 88
CHAP. VIII. Subordination néceffaire & exiftence précaire du pouvoir exécutif, 98
CHAP. IX. Des diverfes formes du Pouvoir exécutif, de leurs avantages & de leurs inconvéniens, 105
CHAP. X. De la vie & de la mort du Corps Politique, 126
CHAP. XI. De la différence de la Liberté Politique & de la Liberté Civile, & de la liaifon intime qui exifte entre ces deux efpèces de Liberté, 147
CHAP. XI. De la propriété dans l'état de nature & dans l'état civil, 152
CHAP. XIII. De Origine, de l'Étendue & de la durée des Obligations du citoyen, 162
CHAP. XIV. De l'affermiffement de la liberté dans les conftitutions légitimes, 174
CHAP. XV. Des moyens de rétablir la Liberté chez les Peuples qui l'ont perdue, 219
Conclufion, 234
Analyse
CHAP. X. De la vie & de la mort du Corps Politique, 126
CHAP. XI. De la différence de la Liberté Politique & de la Liberté Civile, & de la liaifon intime qui exifte entre ces deux efpèces de Liberté, 147
CHAP. XI. De la propriété dans l'état de nature & dans l'état civil, 152
CHAP. XIII. De Origine, de l'Étendue & de la durée des Obligations du citoyen, 162
CHAP. XIV. De l'affermiffement de la liberté dans les conftitutions légitimes, 174
CHAP. XV. Des moyens de rétablir la Liberté chez les Peuples qui l'ont perdue, 219
Conclufion, 234
Analyse
CHAP. I. De l'Homme considéré comme individu et d'un droit primitif qui est en lui le fondement de tous les autres droits
Résumé : L'individu, avec ses droits et ses devoirs est au cœur de toute société politique. À la poursuite du bonheur, l'individu est mu par l'amour de soi et la bienveillance. L'un est permanent, l'autre plus variable, pouvant être remplacée par l'indifférence ou la malignité. La liberté naturelle est le pouvoir de chacun sur sa personne pour veiller à sa conservation et rechercher son avantage, pourvu que ces moyens ne nuisent ni à la conservation ni à l'avantage de ses semblables.
Commentaire : L'Ancien régime ne reconnait pas les droits de l'individu, mais seulement ceux des groupes, familles métiers, pays. Saige place l'individu au coeur de la société politique. Il écrit :" La connaissance de la société politique de son but et du mobile qui doit la diriger est nécessairement lié à celle des individus qui la composent". La formule finale du chapitre I annonce explicitement l'article 4 de la déclaration des droits de l'homme de 1789 : " La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits".
CHAP. II. Que ce droit est indestructible et inaliénable
Résumé : Ce droit inaliénable et indestructible est "tellement inhérent à l'essence de l'homme que nulle puissance au monde ne peut l'anéantir ou même le suspendre", et ce, quelles que soient les circonstances ou les évènements, puisqu'il s'agit d'une loi de la nature "invariable au moral comme au physique".
CHAP. III. Des Hommes considérés collectivement et de l'essence de toute association légitime
Résumé : Les droits des individus sont égaux. "Un ou plusieurs hommes ne doivent dans aucune circonstance se trouver réduits à être les instruments de la félicité de leurs semblables"..." tout pouvoir de domination ou de propriété d'un homme sur un autre homme est absolument illégitime". Les droits sont inaltérables, et subsistent même en cas de tyrannie. " C'est sur la base de l'égalité et de l'indépendance naturelle et indestructible de tous les hommes que s'élève l'édifice des devoirs de la sociabilité"
Résumé : Les droits des individus sont égaux. "Un ou plusieurs hommes ne doivent dans aucune circonstance se trouver réduits à être les instruments de la félicité de leurs semblables"..." tout pouvoir de domination ou de propriété d'un homme sur un autre homme est absolument illégitime". Les droits sont inaltérables, et subsistent même en cas de tyrannie. " C'est sur la base de l'égalité et de l'indépendance naturelle et indestructible de tous les hommes que s'élève l'édifice des devoirs de la sociabilité"
CHAP. IV. De l'ordre politique (p. 31-57)
Résumé : L'origine de la société politique, "répandue sous une grande variété de forme dans tous les climats habités du globe", ne tient pas à une contrainte extérieure, qui ne peut être que matérielle et n'engendre aucun droit. Elle ne tient pas non plus "à l'empire des pères sur leurs enfants" devenus "pères publics de la nation". L'hypothèse est réfutée par Sidney, Locke et J. J. Rousseau (p. 45). La société politique ne découle pas non plus de la volonté de l'être suprême. "ainsi, dès que rien d' extérieur à l'homme n'a pu être la cause formatrice de l'état civil , c'est dans l'homme même que nous devons rechercher les fondements de cet état" (p. 47/48). La société politique est une "association conventionnelle" pour assurer à ses membres "la plus grande somme de bonheur possible". C'est un contrat exprès ou tacite. Chacun renonce à l'emploi de la force particulière et s'en remet au jugement de la société. L'homme sort de l'état de nature et se soumet au régime des lois.
Résumé : L'origine de la société politique, "répandue sous une grande variété de forme dans tous les climats habités du globe", ne tient pas à une contrainte extérieure, qui ne peut être que matérielle et n'engendre aucun droit. Elle ne tient pas non plus "à l'empire des pères sur leurs enfants" devenus "pères publics de la nation". L'hypothèse est réfutée par Sidney, Locke et J. J. Rousseau (p. 45). La société politique ne découle pas non plus de la volonté de l'être suprême. "ainsi, dès que rien d' extérieur à l'homme n'a pu être la cause formatrice de l'état civil , c'est dans l'homme même que nous devons rechercher les fondements de cet état" (p. 47/48). La société politique est une "association conventionnelle" pour assurer à ses membres "la plus grande somme de bonheur possible". C'est un contrat exprès ou tacite. Chacun renonce à l'emploi de la force particulière et s'en remet au jugement de la société. L'homme sort de l'état de nature et se soumet au régime des lois.
Commentaire : Algernon Sydney (ou Sidney) ( - ) est un théoricien politique, adversaire du roi , qui condamne la monarchie absolue de Charles II d'Angleterre. Impliqué dans un complot contre le roi, il est exécuté pour trahison. Son Discours sur le gouvernement, publié de manière posthume en 1698, influence les penseurs des Lumières et de la Révolution pour fonder les théories républicaines des débuts de l'époque moderne. Ce chapitre reprend et résume les thèses de J. J. Rousseau sur le contrat social.
CHAP. V. De l'autorité souveraine ou du pouvoir directif de la société politique (p. 57)
CHAP. V. De l'autorité souveraine ou du pouvoir directif de la société politique (p. 57)
Résumé : Le principe de la société politique est "l'assemblage des bonheurs individuels" pour "le plus grand avantage possible de tous ses membres". " C'est donc à la volonté de tous qu'appartient exclusivement la suprême direction du corps politique". Tous les peuples ont un droit égal à la liberté. Le contrat social crèe un pouvoir souverain, dirigé par la volonté générale (p. 64). Personne ne peut dépouiller le peuple de ce droit. Il ne peut non plus s'en défaire lui même. " Le peuple ne peut donc aliéner légitimement le pouvoir souverain dans aucune circonstance et s'il en est dépouillé par la force, par la ruse ou par sa propre négligence, il est toujours fondé à s'en ressaisir, quelques long espace de temps qui se soient écoulés depuis qu'il a laissé échapper l'exercice de ce droit inestimable". " Partout où l'intérêt public est soumis à la domination d'une volonté particulière, il n'y a point de société politique, mais seulement un maître et des esclaves, des oppresseurs et des opprimés, assemblage ridicule et monstrueux, mais des hommes qui ne sont unis par aucun lien civil et n'ont rien de commun que le malheur et l'ignominie".
Commentaire :
CHAP. VI. Objections résolues
CHAP. VI. Objections résolues
Résumé : Certes la volonté générale peut errer, mais moins que la tyrranie. Elle peut plus facilement réparer ses erreurs. "Les instituteurs ou réformateurs de la Nation" doivent veiller à rendre la volonté claivoyante. "le génie seul fait les lois, mais le bon sens doit les juger. La nature a donné à peu d'hommes le talent de concevoir et d'élever de nouvelles institutions ; mais presque tous ont reçu la faculté de sentir l'opposition, ou la conformité de ces institutions avec le bien général". Pour que le discernement du peuple soit éclairé, il faut réduire les inégalités. "Diminuez aussi l'inégalité des fortunes & des conditions ; anéantissez ces injustes établiffemens, qui, donnant tout aux uns & rien aux autres, créent dans l'Etat des classes effentiellement ennemies & dont les intérêts ne peuvent jamais se rapprocher. En rappellant les hommes à l'égalité, en réduifant le nombre des intérêts de corps, vous simplifierez singulièrement la machine fociale & dès lors, vous verrez cet art de la politique si mystérieux, si compliqué dans les mauvaifes constitutions, se débarasser de ses difficultés & se confondre même avec le simple bon sens" (p.75/6). Saige dénonce vigoureusement le régime représentatif : "on doit exclure les constitutions représentatives du nombre des constitutions légales, puisque, dans ces constitutions, les représentants de la nation , au lieu d'être les agents du peuple sont réellement ses maîtres. Ils peuvent en effet règler les intérêts les plus importans de l'Etat, sans attendre aucune instructions de leurs commettants ; ils peuvent même voter et décider d'une manière directement contraire à ces instructions, lorsqu'ils viennent à en recevoir. Il est évident que, dans cet ordre de choses la société a aliéné ses droits entre les mains d'un petit nombre de ses membres. Ce n'est plus la volonté générale qui dirige la machine politique, c'est une somme
de quelques volontés individuelles, qui ne font point nécessairement dirigées vers l'intérêt général ; volontés dont la pente naturelle vers l'intérêt particulier n'est jamais qu'accidentellement suspendue par des circonstances qui ne sont point effentiellement liées à la constitution de l'ordre social".
Commentaire : Saige, en bon avocat, et élève des jésuites, se livre à l'exercice de la disputatio en réfutant une à une, les critiques qu'il énumère. Il se prononce contre le régime représentatif, en faveur de la démocratie directe, par le mandat impératif.
CHAP. VII. De la Loi et de son exécution
de quelques volontés individuelles, qui ne font point nécessairement dirigées vers l'intérêt général ; volontés dont la pente naturelle vers l'intérêt particulier n'est jamais qu'accidentellement suspendue par des circonstances qui ne sont point effentiellement liées à la constitution de l'ordre social".
Commentaire : Saige, en bon avocat, et élève des jésuites, se livre à l'exercice de la disputatio en réfutant une à une, les critiques qu'il énumère. Il se prononce contre le régime représentatif, en faveur de la démocratie directe, par le mandat impératif.
CHAP. VII. De la Loi et de son exécution
Résumé : Saige examine "le jeu de la machine sociale". La volonté générale s'exprime par la loi, expression de la Raison, elle-même inspirée par l'Être suprême. L'amour de soi, qui exprime les raisons particulières, se fonde dans la raison publique, c'et à dire la volonté générale, expression du droit naturel. "La voix du peuple est la voix de Dieu". La loi poursuit nécessairement un but d'intérêt général. Il faut, pour son application, une force publique, qui est le pouvoir éxécutif. "Le pouvoir adrninistratif.../... se réduit à des actes particuliers et exécutifs des règlemens généraux de l'autorité souveraine". Les deux pouvoirs, législatif et éxécutif, doivent être parfaitement distincts.
Commentaire : Burlamaqui, cité en note p. 89, est un juriste genevois, jusnaturaliste. Il publie ses Principes du droit naturel à Genève en 1747. Le livre s'inscrit dans l'esprit de l'école du droit naturel de Samuel Pufendorf et Jean Barbeyrac, qui développe les concepts des droits inaliénables, du contrat social, de la souveraineté et du droit des gens.
CHAP. VIII. Subordination nécessaire et existence précaire du pouvoir exécutif
Commentaire : Burlamaqui, cité en note p. 89, est un juriste genevois, jusnaturaliste. Il publie ses Principes du droit naturel à Genève en 1747. Le livre s'inscrit dans l'esprit de l'école du droit naturel de Samuel Pufendorf et Jean Barbeyrac, qui développe les concepts des droits inaliénables, du contrat social, de la souveraineté et du droit des gens.
CHAP. VIII. Subordination nécessaire et existence précaire du pouvoir exécutif
Résumé : Le pouvoir exécutif (appelé "pouvoir éxécuté" dans le titre du chapitre) est non seulement distinct, mais secondaire et subordonné par rapport au pouvoir législatif. "Ainsi, dans toute constitution légitime, le peuple, en qualité de souverain, institue la forme du gouvernement, en combine les différentes parties. Dans la même qualité, il détruit ou modifie cette forme. En qualité de magistrat suprême et de premier exécuteur de la loi, il nomme les mernbres du gouvernement, juge leur conduite et leurs personnes, les confirme ou les déplace, les rtécompense ou les punit". L'erreur des publiciste est de mettre au même niveau lexécutif et le législatif. "La puiffimce du peuple, en effet, est la puiffance mère". La délégation au pouvoir exécutif des "magistrats" (=fonctionnaires ou élus chargés de l'exécutif) est "précaire & révocable". "Tout magistrat, tout prince qui ose dire à la nation qu'il gouverne : j'exerce sur vous une autorité que je ne tiens point de vous et dont je ne vous dois aucun compte, est un menteur insolent ou un insensé et ceux qui souffrent un pareil langage sont des lâches".
Commentaire : Le pouvoir ne vient pas d'en haut (du roi ou du prince), mais d'en bas, de chaque individu libre. La révolution politique est tout entière dans cette affirmation.
CHAP. IX. Des diverses formes du pouvoir exécutif, de leurs avantages et de leurs inconvénients
Résumé : La chapitre examine la mutiplicité des formes du pouvoir exécutif. "Les différentes combinaisons constituent les formes mixtes : c' est-à-dire, le gouvernement du peuple, celui
d'une classe de citoyens choisis et le gouvernement d'un seul, connu chez les Grecs sous les noms de Démocratie, d'Aristocratie et de Monarchie". "Chacune de ces formes a ses avantages et ses inconvénients absolus et inhérents à son essence. Et de plus, elle en a de relatifs aux circonstances de temps, de lieu, d'étendue, de population". Le pire gouvernement est le monarchique. L'aristocratique et le démocratique sont préférables, quoique non exempts d'inconvénients. Les défauts de la monarchie posent la question de sa légalité même. Le chapitre se termine sur un éloge du régime aristocratique, à condition qu'il ne soit pas héréditaire, ni inégalitaire." L'Aristocratie élective, qui donne au corps des citoyens le droit positif de choisir les officiers de l'Etat, est donc préférable à l'aristocratie cooptative, dans laquelle les corps
adminsitratifs nomment leurs membres et se complètent eux-mêmes". Un droit de révocation des ses élites doit reste au peuple. Enfin le gouvernement monarchique, dans le cas où il serait inévitable, doit être polycratique, modéré par un Sénat.
d'une classe de citoyens choisis et le gouvernement d'un seul, connu chez les Grecs sous les noms de Démocratie, d'Aristocratie et de Monarchie". "Chacune de ces formes a ses avantages et ses inconvénients absolus et inhérents à son essence. Et de plus, elle en a de relatifs aux circonstances de temps, de lieu, d'étendue, de population". Le pire gouvernement est le monarchique. L'aristocratique et le démocratique sont préférables, quoique non exempts d'inconvénients. Les défauts de la monarchie posent la question de sa légalité même. Le chapitre se termine sur un éloge du régime aristocratique, à condition qu'il ne soit pas héréditaire, ni inégalitaire." L'Aristocratie élective, qui donne au corps des citoyens le droit positif de choisir les officiers de l'Etat, est donc préférable à l'aristocratie cooptative, dans laquelle les corps
adminsitratifs nomment leurs membres et se complètent eux-mêmes". Un droit de révocation des ses élites doit reste au peuple. Enfin le gouvernement monarchique, dans le cas où il serait inévitable, doit être polycratique, modéré par un Sénat.
En réalité, les formes mixtes sont les plus fréquentes et les préférables."En général, dans une fociété considérable en territoireet en population, on doit préférer les formes mixtes.Dans ces sortes de fociétés , il existe toujours de l'inégalité et la diversité des classes amène, par conséquent, une diversité d'intérêts qui exige nécessairement des contre-poids et des contre-balancemens dans la machine politique".
Commentaire : Saige reprend, à suite de la Politique d'Aristote, la typologie ternaire des régimes politiques, comme il lui avait repris celle de la souveraineté du peuple. Il esquisse une géopolitique des régimes politiques, peut-être sous l'influence de Montesquieu. Il analyse à chaque fois les avantages et les inconvénients de chaque système. Y compris de celui de la démocratie. Le pire gouvernement est le monarchique. C'est aussi le plus dispendieux. Saige à du lire le Compte renu au Roi de Necker. Les défauts de la monarchie posent la question de sa légalité.
CHAP. X. De la vie et de la mort du corps politique
Commentaire : Saige reprend, à suite de la Politique d'Aristote, la typologie ternaire des régimes politiques, comme il lui avait repris celle de la souveraineté du peuple. Il esquisse une géopolitique des régimes politiques, peut-être sous l'influence de Montesquieu. Il analyse à chaque fois les avantages et les inconvénients de chaque système. Y compris de celui de la démocratie. Le pire gouvernement est le monarchique. C'est aussi le plus dispendieux. Saige à du lire le Compte renu au Roi de Necker. Les défauts de la monarchie posent la question de sa légalité.
CHAP. X. De la vie et de la mort du corps politique
Résumé : L'anarchie et le despotisme menacent le corps politique. Leur effet peut être progressif. La constitution d'Athènes et la constitution de l'Angleterre sont des exemples de es état d'équilibre à rechercher. Mais " Le défaut d'union et d'égalité entre les intérêts individuels ne tarde pas à causer de légères altérations dans la constitution, qui, s'augmentant peu à peu, se changent en troubles et en orages, détruisent entièrement l'équilibre politique et plongent la société dans le cahos de l'anarchie, ou sous le
joug du despotisme". La déliquescence se fait en trois étapes :" Le premier de ces états est l'état de relâchement. Le second, la corruption politique. Le troisième, la destruction ou l'état de mort".
"Le premier s'annonce quand les citoyens commencent à prendre un intérêt très vif pour des objets differents des grands objets politiques, tels que l'accroissement des fortunes particulières, les sciences de spéculation éloignées d'une utilité immédiate pour la République, les arts d'agrément, les distinctions personnnelles, le goût du luxe et des plaisirs".
"La seconde période a lieu quand ces derniers objets l'emportent tellement sur le bien public dans le cœur des membres de la société que celui-ci n'intéresse plus que faiblement la majeure partie des individus. Alors, chacun peu touché des avantages qu'il doit retirer en commun avec ses concitoyens, du
maintien des lois et de l'union sociale, cherche à se faire un bonheur isoléet indépendant et subtitue les jouissances égoïstes du faste, des richesses, des commodités de la vie, des voluptés des sens, ou de la gloire littéraire aux plaisirs nobles que le vrai républicain tire du spectacle de l'égalité, de la concorde nationale et de sa participation aux avantages de la liberté publique".
Commentaire : Saige a déjà décrit le processus du déclin de la République dans son essai sur Caton, ou Entretien sur la liberté et les vertus politiques, paru en 1770. Le déliquescence de l'esprit républicain décrit par Saige préfigure l'analyse de Tocqueville, dans La démocratie en Amérique, sur l'individualisme comme rouille des sociétés.
CHAP. XI. De la différence de la liberté politique et de la liberté civile et de la liaison intime qui existe entre ces deux espèces de liberté
"La seconde période a lieu quand ces derniers objets l'emportent tellement sur le bien public dans le cœur des membres de la société que celui-ci n'intéresse plus que faiblement la majeure partie des individus. Alors, chacun peu touché des avantages qu'il doit retirer en commun avec ses concitoyens, du
maintien des lois et de l'union sociale, cherche à se faire un bonheur isoléet indépendant et subtitue les jouissances égoïstes du faste, des richesses, des commodités de la vie, des voluptés des sens, ou de la gloire littéraire aux plaisirs nobles que le vrai républicain tire du spectacle de l'égalité, de la concorde nationale et de sa participation aux avantages de la liberté publique".
Commentaire : Saige a déjà décrit le processus du déclin de la République dans son essai sur Caton, ou Entretien sur la liberté et les vertus politiques, paru en 1770. Le déliquescence de l'esprit républicain décrit par Saige préfigure l'analyse de Tocqueville, dans La démocratie en Amérique, sur l'individualisme comme rouille des sociétés.
CHAP. XI. De la différence de la liberté politique et de la liberté civile et de la liaison intime qui existe entre ces deux espèces de liberté
Résumé : "La liberté politique est donc la liberté de l'Etat ou du corps du peuple. La liberté civile est la liberté du citoyen ou du membre individuel de la société" .../... dans l'ordre politique, elle remplace, à l'égard du particulier, la liberté naturelle dont il est censé avoir fait cession au corps social et l'on doit dire qu'elle consite essentiellement dans l'indépendance, où, dans tout Etat bien constitué, se trouve le citoyen de toute autre puisance que de celle de la loi".
Commentaire : Variation sur le même thème "a contrario" : Benjamin Constant, en 1819 oppose dans un texte devenu célèbre la liberté des anciens, qui s'exprime par une participation active et constante au pouvoir collectif, à la liberté des modernes qui est "la sécurité dans les jouissances privées", critiquant Mably et Rousseau.
On devine que Saige en tiendrait plus pour la première (liberté des anciens) et considérerait la seconde (liberté des modernes) comme un signe de décadence (cf. son livre Caton).
CHAP. XI. De la propriété dans l'état de nature et dans l'état civil
Résumé : "on ne peut légitimement priver aucun membre de l'espèce humaine de la jouissance d'une partie du sol sur lequel il a reçu la naisance et des fruits que la mère commune donne à ses enfants".
"La limite des besoins naturels est donc celle de la propriété légitime dans l'état de nature et nul n'a droit
de prétendre à la possession exclusive d'un terrain qui lui donnerait des jouissances superflues et des productions qu'il rne pourrait consommer".
L'homme, qui tire sa nourriture de la nature, a droit à une portion de terre assez grande pour satisfaire à ses besoins élémentaires de subsitance. Il existe, dans la société civile, un droit naturel à la propriété.
"La limite des besoins naturels est donc celle de la propriété légitime dans l'état de nature et nul n'a droit
de prétendre à la possession exclusive d'un terrain qui lui donnerait des jouissances superflues et des productions qu'il rne pourrait consommer".
L'homme, qui tire sa nourriture de la nature, a droit à une portion de terre assez grande pour satisfaire à ses besoins élémentaires de subsitance. Il existe, dans la société civile, un droit naturel à la propriété.
"On doit conclure de ceci qu'une société où l'inégalité s'est accrue au point de concentrer toute la proprieté dans un certain nombre de membres du corps politique et de ne laisser par conséquent aux autres que des moyens précaires de subsitance s'est entièrement écartée du but légitime de l'état civil; que dans cet état de choses, une des principales clauses du contrat social étant anéantie, les autres le sont nécessairement et que, bien que les lois veillent toujours à la conservation, soit de la liberté politique, soit de la liberté civile, il n'en existe pas moins un despotisme effectif dans le corps social, despotismne qui, dans le fait, rend illusoire la jouissance de la liberté et finit tôt ou tard par détruire même cette vaine apparence".
"Pour empêcher cet accroissement excessif de l'inégalité de la propriété, qui laisse une très grande partie des membres de la société dans une privation absolue de tous moyens de subsistance, un instituteur sage donnera à chaque citoyen une portion de terrain inaliénable et veillera, par les précautions les plus sûres, à empêcher que cette portion légale ne sorte de la main du possesseur originel. C'est par cette seule voie que la République remplira l'obligation où elle est de veiller à la conservation des citoyens, qu'on arrêtera, dans un grand Etat, l'accroissement monstrueux de l'inégalité des possessions, parce que tous ayant quelque chose, il est imposible que la portion d'aucun soit excessive" .
Commentaire :
Pour Saige, la question de l'égalité des droit dans une société civile mériterait "un ouvrage considérable". Il n'en donne ici que les prinicpes, qui sont cependant au coeur de sa pensée politique. Il considère qu'une trop grande inégalité détruit le contrat social et rétablit le despotisme honni ! Ce chapitre annonce les théoriciens du babouvisme, Babeuf et Buonarotti, inspirateurs de la « Conspiration pour l'Égalité » et de la conjuration des égaux sous le Directoire.
CHAP. XIII. De l'origine, de l'étendue et de la durée des obligations du citoyen
Commentaire :
Pour Saige, la question de l'égalité des droit dans une société civile mériterait "un ouvrage considérable". Il n'en donne ici que les prinicpes, qui sont cependant au coeur de sa pensée politique. Il considère qu'une trop grande inégalité détruit le contrat social et rétablit le despotisme honni ! Ce chapitre annonce les théoriciens du babouvisme, Babeuf et Buonarotti, inspirateurs de la « Conspiration pour l'Égalité » et de la conjuration des égaux sous le Directoire.
CHAP. XIII. De l'origine, de l'étendue et de la durée des obligations du citoyen
Résumé : Tout individu, né libre, doit consentir au contrat social. Ce consentement est tacite, renouvellé à chaque génération, les individus ayant des droits égaux. Si le consentement est total et absolu, il permet à chacun de retrouver tous ses droits dans la volonté générale. Mais il n'est pas possible de consentir à un gouvernement injuste, qui annule le consentement et doit être puni. "C'est uniquement la servitude consentie du peuple qui détruit complétement le pacte social. Cette servitude consentie peut avoir lieu de deux manières , ou expressement lorsque la nation aliène, par un acte solennel, sa souveraineté entre les mains d'un ou plusieurs individus, ou tacitement, lorsque par un abandon passif de ses droits, elle acquiesce aveuglement à l'exercice du despotisme". Dans toutes les situations intermédiaires, le citoyen est appelé à obéir en résistant : "le bon citoyen, gardant fidèlement son poste, obéira aux lois, quoique violées et infultées par d'autres ; il combattra pour la liberté, qui, bien que succombant sous l'empire de la force, a toujours le même droit à son amour". Le pacte social n'est donc pas un contrat synallagmatique, qui ne peut être rompu que par l'accord des deux parties : citoyen et société. L'obligation primitive de la recherche du bonheur l'emporte sur l'obligation secondaire, a condition toutefois que la patrie ne soit pas en danger.
Commentaire : La chapitre consacre à la fois le droit d'insurrection lorsque la société devient despotique, mais légitime aussi le droit de résitance à une société oppressive. Ce compromis évoque les théories du philosophe Alain : " Résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen. Par l’obéissance il assure l’ordre ; par la résistance il assure la liberté" (Propos, 4 septembre 1912).
La fin du chapitre ouvre une exception qui semble faire allusion à la nécessaire union sacrée dans le cas où la patrie serait en danger.
CHAP. XIV. De l'affermissement de la liberté dans les constitutions légitimes
Résumé : Quelles sont les précautions à prendre pour éviter de perdre sa liberté ? A la lumière de l'exemple antique, il faut s'attacher à l'organisation du corps politique, à la distribution des pouvoirs exécutifs et aux mœurs des citoyens. La législation porteuse de liberté doit concerner toutes les classes de la société, sans en oublier aucune. Il faut éviter "d'accumuler, dans un ordre de la nation, les honneurs et les privilèges, parce que ces prérogatives, dénuées même de pouvoir réel, ayant un grand poids dans l'opinion, donnent aux hommes qui le· possèdent une véritable prépondérance, laquelle, dans plufieurs occasions, fait pencher en leur faveur la balance des lois et leur fraye presque infailliblement le chemin à l'autorité"
.../...
"Il est) impossible d'entretenir l'égalité entre les droits personnels des citoyens, s'il existe dans l'Etat une très grande inégalité de propriété. La propriété constitue, dans l'ordre social, la base de l' existence civile ; C'est en elle qu'est la véritable source du pouvoir et de l'influence ; c'est elle qui les porte nécessairement dans les classes où la pente d'une mauvaise constitution l'entraîne progreffivement. Par conséquent, si la loi fondamentale n'a pas originellement établi, soit la communauté absolue des biens, soit un partage égal et indestructible de la propriété et qu'il soit imposible de ramener la société à cet état parfait d'équilibre, le légiflateur s'opposant cependant avec force aux progrès de l'inégalité, emp1oyera tous les moyens possibles pour assurer à chaque membre de l'Etat une portion du domaine social, suffisant aux besoins de la vie" p. 182/3.
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"Il est) impossible d'entretenir l'égalité entre les droits personnels des citoyens, s'il existe dans l'Etat une très grande inégalité de propriété. La propriété constitue, dans l'ordre social, la base de l' existence civile ; C'est en elle qu'est la véritable source du pouvoir et de l'influence ; c'est elle qui les porte nécessairement dans les classes où la pente d'une mauvaise constitution l'entraîne progreffivement. Par conséquent, si la loi fondamentale n'a pas originellement établi, soit la communauté absolue des biens, soit un partage égal et indestructible de la propriété et qu'il soit imposible de ramener la société à cet état parfait d'équilibre, le légiflateur s'opposant cependant avec force aux progrès de l'inégalité, emp1oyera tous les moyens possibles pour assurer à chaque membre de l'Etat une portion du domaine social, suffisant aux besoins de la vie" p. 182/3.
"Le légifiateur, ami de l'humanité et des droits du peuple, employera tous les moyens de son génie pour introduire les lois agraires dans la république, qui lui a confié son sort ; il arrêtera, par des barrières insurmontables, l' envahissement du territoire de l'Etat par la classe des riches et, donnant à chaque particulier une portion inaliénable de la possession générale, il rapprochera la distribution des biens du point de l'égalité, autant que les circonstances le permettront".
Il faut assurer "aux citoyens un grand nombre de voies légales et
constitutionnelles pour veiller au maintien de leurs droits et obtenir
le redressement de leurs griefs. Ces établissements doivent
nécessairement faire partie de l'institution ou de la réformation d'une
constitution légitime si l'on désire donner une base solide à la liberté
publique et maintenir la paix dans le corps social".
Suivant les préceptes de Rousseau, il faut que la Contitution crèe des assemblées périodiques de la nation, pour édicter les lois et controler les administrateurs, qui devront leur rendre compte".
Saige souhaite que la Constitution prévoie un corps de magistrats pour controler l'exécutif lorsque le législatif ne siège pas. Il n'auront que la "puissance d'empêcher, sans avoir celle d'agir par eux-même"(p. 193).
Un exécutif fort est utile pour la seule éxécution des lois. Plutôt collégial pour ne pas rassembler tous les pouvoirs en une seule main. "C'est le motif pour lequel nous avons exclu la monarchie du nombre des administrations convenables au bonheur et à la liberté du peuple", écrit Saige. L'aristocratie, moins pernicieuse, reste dangereuse pour la liberté. Saige imagine une "polycratie" éxécutive, avec partage "de l'exécution des lois en plusieurs branches collatérales et indépendantes" (p. 196).
Il faut séparer la fonction délibérative de la fonction exécutive (p. 200, 201) et Saige imagine un sorte de controle de la constitutionnalité des lois par un troisième corps, "intermédiaire entre les deux autres, [qui]
examine, dans le passage de la délibération à l'exécution, si la décision du premier corps ne renferme rien de contraire à la loi et à la sureté du citoyen" (p. 201).
Saige est partisan d'un bicaméralisme avec l'existence d'un Sénat, "qui soit le conseil et la lumière de la république, la règle et le dépôt des mœurs et dont les membres soient comme autant de modèles vivants de
l'amour de la patrie, des lois, de la liberté et de toutes les vertus républicaines" Corps prestigieux mais dont la fonction reste floue.
Saige prévoit l'exitence d'un pouvoir judiciaire séparé : "Il est de la plus grande nécessité, pour la sureté du citoyen, que la loi ait séparé le pouvoir judiciel du pouvoir administratif". Des exemples historique dans la Rome ancienne et à Genève sont invoqués à l'appui de sa proposition.
Le mandat de l'exécutif doit doit être à durée limitée et renouvelable. Il faut "que de fréquentes élections empêchent les chefs de l'Etat de s'enivrer de l'habitude du pouvoir et donnent à tous les citoyens zélés pour la patrie et doués du talent de gouverner leurs semblables, une espérance raisonnable de parvenir à ces places éminentes".
La collégialité à la tête de l'Etat éviterait la tentation de l'abus du pouvoir.
Un exécutif fort est utile pour la seule éxécution des lois. Plutôt collégial pour ne pas rassembler tous les pouvoirs en une seule main. "C'est le motif pour lequel nous avons exclu la monarchie du nombre des administrations convenables au bonheur et à la liberté du peuple", écrit Saige. L'aristocratie, moins pernicieuse, reste dangereuse pour la liberté. Saige imagine une "polycratie" éxécutive, avec partage "de l'exécution des lois en plusieurs branches collatérales et indépendantes" (p. 196).
Il faut séparer la fonction délibérative de la fonction exécutive (p. 200, 201) et Saige imagine un sorte de controle de la constitutionnalité des lois par un troisième corps, "intermédiaire entre les deux autres, [qui]
examine, dans le passage de la délibération à l'exécution, si la décision du premier corps ne renferme rien de contraire à la loi et à la sureté du citoyen" (p. 201).
Saige est partisan d'un bicaméralisme avec l'existence d'un Sénat, "qui soit le conseil et la lumière de la république, la règle et le dépôt des mœurs et dont les membres soient comme autant de modèles vivants de
l'amour de la patrie, des lois, de la liberté et de toutes les vertus républicaines" Corps prestigieux mais dont la fonction reste floue.
Saige prévoit l'exitence d'un pouvoir judiciaire séparé : "Il est de la plus grande nécessité, pour la sureté du citoyen, que la loi ait séparé le pouvoir judiciel du pouvoir administratif". Des exemples historique dans la Rome ancienne et à Genève sont invoqués à l'appui de sa proposition.
Le mandat de l'exécutif doit doit être à durée limitée et renouvelable. Il faut "que de fréquentes élections empêchent les chefs de l'Etat de s'enivrer de l'habitude du pouvoir et donnent à tous les citoyens zélés pour la patrie et doués du talent de gouverner leurs semblables, une espérance raisonnable de parvenir à ces places éminentes".
La collégialité à la tête de l'Etat éviterait la tentation de l'abus du pouvoir.
"L'ambition des magistrats sera fortement réprimée, si, non seulement les lois ont donné des limites certaines à l'exercice de leur pouvoir, mais encore si la punition de tous les délits des adminiitrateurs, qui peuvent réfulter de la négligence, de la prévarication ou de l'usurpation , sont fixées et déterminées avec la plus grande précision dans le code pénal de la République" (p. 207). "Les citoyens puniront sans scrupule les chefs prévaricateurs... d'un autre côté les magistrats vertueux, les vrais pères de la patrie, n'auront rien à craindre des fureurs de la cabale ou du manège des Sycophantes".
"L'âme de la constitution républicaine" selon Saige, consiste en ces sentiments élevés de l'intéret de la patrie. C'est l'égalité qui empèche la contitution de classes et leur opposition. "L'instruction publique sur les droits et les devoirs de l'homme et du citoyen, sur l'origine , l'essence et les fins des sociétés politiques, est une des principales parties de l'éducation républicaine" (p.215).
"L'âme de la constitution républicaine" selon Saige, consiste en ces sentiments élevés de l'intéret de la patrie. C'est l'égalité qui empèche la contitution de classes et leur opposition. "L'instruction publique sur les droits et les devoirs de l'homme et du citoyen, sur l'origine , l'essence et les fins des sociétés politiques, est une des principales parties de l'éducation républicaine" (p.215).
L'école doit être obligatoire et gratuite : "Que tous les citoyens, sans distinction, riches ou pauvres, nobles ou plébéiens soient appellés à des écoles établies et soutenues par la nation".
Commentaire : Dans ce chapitre de 45 pages, le plus long et le plus dense de l'ouvrage, Saige évoque les sujets centraux de sa réflexion.
Il suggère des lois agraires qui seront reprises par la Convention et par la loi du 17 juillet 1793 qui abolit définitivement tous les droits féodaux, sans aucune indemnité.
Il est aussi hostile au suffrage censitaire, bien avant son instauration par la Révolution Française : "Que le législateur qui veut établir son institution sur la base de la liberté politique, c'est-à-dire, sur la liberté de tous, commence donc par donner le droit de légisation indistinctement à tous les individus et à toutes les classes de la société. Que, sous prétexte de l'ignorance ou de la bassesse des occupations de la multitude, il n'écarte personne de cette fonction essentielle du citoyen et qu'il songe que chaque membre de l'Etat apportant son intérêt particulier dans la masse de l'intérêt général, il est rigoureusement juste et nécessaire que sa volonté particulière, directrice et gardienne essentielle de cet intérêt privé, entre dans 1a masse de la volonté publique".
Lorsque le pouvoir et la souveraineté se trouvent concentrés dans les mains des propriétaires, il n'existe point de liberté possible.
Saige préconise des "assemblées de citoyens" qui "mettent les citoyens à portée de discuter les intérêts communs", sans préjudice des assemblées générales qui votent la loi. Ces assemblées locales se réunissent plus souvent et "fournissent en même-temps à ces citoyens un moyen perpétuel de surveiller les démarches du gouvernement, de s'opposer aux projets qu'il pourrait former contre la liberté publique". "Elles ne doivent jamais être que de sîmples partitions du corps politique, établies sur les principes d'une égalité réciproque et formées dans l'Etat pour renforcer la constitution et non pour donner naissance à des intérêts de corps essentiellement nuisibles à la paix, à la liberté, au bonheur de la république".
Il faut confondre "les nobles et les plébéiens, les riches et les pauvres dans les mêrnes classes politiques".
La stigmatisation du recours à des troupes mercenaires est sans doute empruntée au Prince de Machiavel, et le fait que, comme en Suisse, dans "l'honorable emploi de la défense de la patrie,...la qualité de soldat n'y soit point distinguée de celle de citoyen" annonce le succès de soldats de Valmy.
La stigmatisation du recours à des troupes mercenaires est sans doute empruntée au Prince de Machiavel, et le fait que, comme en Suisse, dans "l'honorable emploi de la défense de la patrie,...la qualité de soldat n'y soit point distinguée de celle de citoyen" annonce le succès de soldats de Valmy.
CHAP. XV. Des moyens de rétablir la liberté chez les peuples qui l'ont perdue
Résumé : Contrairement aux principes de la nature et à l'irréversabilité de la mort, la liberté peut renaitre.
Mais le despotisme, une fois installé, a un effet anesthésiant sur ses sujets : "L'habitude de cet esclavage adoucie énerve les âmes et les jette dans une forte d'inertie qui les rend presque insensibles à la perte
des droits de l'homme. Enfin, l'opinion souveraine du monde, dont l'empire sur la multitude fait également la véritable force des bonset des mauvais gouvernements, vient affermir, de sa main puissante, le règne du pouvoir absolu".
des droits de l'homme. Enfin, l'opinion souveraine du monde, dont l'empire sur la multitude fait également la véritable force des bonset des mauvais gouvernements, vient affermir, de sa main puissante, le règne du pouvoir absolu".
Si l'esprit républicain est encore vivace, un révolution peut venir à bout du despotisme. Mais si le peuple s'y est accoutumé, dans les "nations chez lesquelles l'ancienneté du gouvernement arbitraire a presque anéanti toute idée de liberté", le sauveur de la liberté doit faire preuve de "la plus adroite combinaison du courage et de la prudence" en s'appuyant sur le Sénat, s'il existe encore. Il faut user de la propagande républicaine, des ouvrages d'histoire invoquant les exemples antiques.
Au delà de ces espérances un peu utopiques, on peut aussi créer la discorde chez l'ennemi, et "semer la division entre le monarque et grands" (p. 228). La conjuration des aristocrates pourrait s'appuyer sur le peuple et les Etats voisins, à condition qu'ils soient libres. Mais Saige ne s'illusionne pas sur la qualité de la classe aristocratiqsue, trop souvent corrompue et craint qu'il ne faille un guerre civile pour restaurer l'égalité par i les citoyens. Il se fait donc le théoricien de la révolution, plus que du coup d'Etat. Mais l'écrivain qu'il est ne peut se substituer à l'homme d'action.
Conclusion
Résumé :
Les Lumières se répandent en même temps que le despotisme progresse. La conquête de la liberté requiert tantôt la prudence tantôt le courage, selon les circonstances et le plus souvent les deux qualités. "Le devoir du philosophe n'est pas de diriger ses travaux vers l'utilité
du puissant et du riche, mais de les consacrer au bonheur de son
espèce, ou, au moins, de cette portion de l'humanité avec laquelle il
est uni par les mêmes liens politiques" (dernière phrase).Commentaire :
Deux siècles et demi après la publication du Manuel de l'homme libre, les manisfestations non violentes du " No Kings day" de juin et octobre 2025 aux Etats-Unis, où des millions d'Américains protestent contre la dérive du régime vers le despotismefont écho aux propos de Saige, dont le livre avait circulé en Amérique à la fin du 19e siècle : "Qu'ils tonnent donc contre le pouvoir arbitraire, ces défenseurs de la
vérité ; qu'ils arrachent à leur sornmeil les peuples qui ont courbé la tête sous le joug de l'esclavage et qu'ils arrètent sur le bord du précipice ceux que la décadence de la Constitution entraîne rapidement vers le despotisme" (p. 235).
vérité ; qu'ils arrachent à leur sornmeil les peuples qui ont courbé la tête sous le joug de l'esclavage et qu'ils arrètent sur le bord du précipice ceux que la décadence de la Constitution entraîne rapidement vers le despotisme" (p. 235).
Postérité
En 1799, le Manuel de l'homme libre est traduit en anglais, sous le titre : « The manual
of a free man, or Reasonable exposition of the fundamental points of
universal political right » par Philippo Mazzei et publié à Richmond, en Virginie, imprimé par John Dixon.
L'ouvrage est mentionné « traduit du français par un citoyen de Virginie, avec des notes du traducteur - Translated from the French by a citizen of Virginia, with notes by the translator - ».
C'est l'historien américain Forrest Bowe, en liaison avec l'American Antiquarian Society (14 sept. 1951) qui identifie Philippo Mazzei comme traducteur (French literature in early American translation : a bibliographical survey of books and pamphlets printed in the United States from 1668 through 1820, New York : Garlan, 1977). Mais il fait erreur sur le nom de l'auteur : il ne s'agit pas de Robert Saige mais de Guillaume-Joseph Saige, son cousin.
Philippo Mazzei, identifié comme le traducteur du texte français en anglais, est un médecin, philosophe, penseur et savant italien, ami de Thomas Jefferson, engagé auprès des Insurgents lors de la guerre d'indépendance des États-Unis.
L'ouvrage est mentionné « traduit du français par un citoyen de Virginie, avec des notes du traducteur - Translated from the French by a citizen of Virginia, with notes by the translator - ».
C'est l'historien américain Forrest Bowe, en liaison avec l'American Antiquarian Society (14 sept. 1951) qui identifie Philippo Mazzei comme traducteur (French literature in early American translation : a bibliographical survey of books and pamphlets printed in the United States from 1668 through 1820, New York : Garlan, 1977). Mais il fait erreur sur le nom de l'auteur : il ne s'agit pas de Robert Saige mais de Guillaume-Joseph Saige, son cousin.
Philippo Mazzei, identifié comme le traducteur du texte français en anglais, est un médecin, philosophe, penseur et savant italien, ami de Thomas Jefferson, engagé auprès des Insurgents lors de la guerre d'indépendance des États-Unis.
En 1828, le juriste Antoine-Siméon-Gabriel Coffinières, le cite et commente le Catéchisme du citoyen, dans le tome II de son ouvrage : Traité de la liberté individuelle : à l'usage de toutes les classes de citoyens, paru en 1828, p. 165. Au début du XIXe siècle, Coffinières, qui dispose de deux éditions du Catéchisme, l'une de 1787 et l'autre de 1788, ignore tout de l'auteur (cf. note de la page 165).
_________________
- On trouve le Manuel de l'homme libre à la bibliothèque municipale de Bordeaux et à la bibliothèque saint Geneviève à Paris.
Des bibliothèques australienne et américaine conservent des exemplaires de la traduction anglaise faite par par Philippo Mazzei sous le titre « The manual of a free man, or Reasonable exposition of the fundamental points of universal political right », publié à Richmond, en Virginie, imprimé par John Dixon en 1799 .
On trouve quelques exemplaires dans des librairies de livres anciens [ici], mais pas toujours attribué au bon auteur [ici].
Un exemplaire numérisé du Manuel de l'homme libre ou Exposition raifonnée des points
fondamentaux du droit Politique, Amsterdam, M. DCC. LXXXVII, 247 p., sera prochainement en ligne sur Babordnum et Gallica. Il est d'ores et déjà accessible en ligne [ici]. - En tête de l'ouvrage, une Table des chapitres donne le numéro, le titre et la pagination des quinze courts chapitres qui composent le livre.
- (en) Keith Michael Baker (en), « French Political Thought at the Accession of Louis XVI », The Journal of Modern History, vol. 50, no 2, , p. 279–303 ( lire en ligne [archive] ) cite Le manuel de l'homme libre p. 285. et compare les théories politiques de Saige avec celles de Malesherbes (Remontrances... du 18 février 1771-) et de Turgot (Mémoire sur le municipalités -1788 -).
- Roger Barny, Le triomphe du droit naturel : la constitution de la doctrine révolutionnaire des droits de l’homme 1787-1789, Annales littériaires de l’Univeristé de Franche-Comté, 1997, 192p. ; p. 29 et suiv. ; p. 195 et suiv. se trompe sur le prénom de l'auteur qu'il appelle Robert Saige : voir [ici].
- Antoine-Siméon-Gabriel Coffinières est, au début de 19e siècle, avocat à la Cour de Cassation et maire du village d'Achères,
près de Maisons, aujourd'hui Maisons-Laffitte (Yvelines), propriétaire
d'un petit château, aujourd'hui disparu. Il intervient dans les procès
politiques des années 1820-1823. Il est l'avocat de protagonistes du
complot bonapartiste du Bazar français et de ses gérants, du colonel Sauset et du sieur Maltent. En 1822, il défend Charles Goubin, l'un des quatre sergents de La Rochelle.
Il existe une rue Coffinières dans la commune d'Achères.






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