Opuscules d'un solitaire
- 1804 - Volume 6 - p.341
.jpg)
Attribution
![]() |
| Attribution par le Dictionnaire des ouvrages anonymes. |
Le Dictionnaire biographique et parlementaire des députés à l'Assemblée nationale constituante, de 1789 à 1791, de Edna Hindie Lemay & alii (préf. François Furet, avec la collaboration de Christine Favre-Lejeune, la participation de Yann Fauchois, Joël Lix, Marie-Laurence Netter, Jean- Louis Ormieres et Alison Patrick),t. 2, Universitas, (ISBN 9782740000038), p. 840, affirme au contraire, sans références ni justifications, que Joseph Saige (-serait l'auteur des Opuscules d'un solitaire. L'erreur des auteurs de ce dictionnaire vient de la reprise, sans vérification, de la fausse et fréquente attribution des ouvrages anonymes de Guillaume-Joseph Saige à son cousin Joseph. Pour ajouter à la confusion, la notice indique :"entre divers articles, décrit ses voyages à Londres et au Portugal pour une maison de commerce". Or ce n'est pas l'auteur du texte qui a voyagé à Londres et au Portugal, mais le héros de l'utopie contenue dans le premier texte du recueil : Voyage à la Nouvelle Philadelphie. Comme dans l'Utopie de Thomas More, et sans doute en référence à cette œuvre, un homme d'affaires rencontre un voyageur qui lui fait le récit d'une ile au gouvernement idéal. Le voyageur anglais s'appelle Anderson. Il raconte, en 1791, à un certain John Saville, écuyer, son voyage (prétendu) dans cette ile des Acores où aurait été fondée l'utopie de la Nouvelle Philadelphie. La préface dit qu'il s'agit d'une traduction depuis l'anglais ! On est donc dans une double fiction, de la langue et de l'auteur inventé, verrouillage à double tour destiné à protéger l'anonymat de l'auteur qui a adopté ce procédé, Guillaume-Joseph Saige.
Voyage à la Nouvelle Philadelphie
Théoclès
(p. 105 à 118 = 13 pages)
Aristiée à Philémon
Au bord du Pénée (fleuve de Thessalie et divinité), dans un paysage idyllique, Théoclès, sage né à Samos, ayant voyagé dans la Méditerranée jusqu'en Inde, dispense sa sagesse en robe de lin blanc, la tête ceinte de lauriers (image d'Épinal). Il révèle à ces peuples qui adorent des idoles l'existence du Dieu de l'univers, père universel (p. 113
Inspiré de Shaftesbury, Les Moralistes, rapsodie philosophique, [ici, 469]
Le contemplateur nocturne
Le texte peut être daté de 1789 par sa mention dans l'Année littéraire. Le Dictionnaire des Constituants, 1789-1791 d' Edna Hindie Lemay (1991, 1089 p.) attribue à tort le texte à Joseph Saige. Il est bien de Guillaume-Joseph Saige, comme en attestait déjà Barbier, dans son Dictionnaire des ouvrages anonymes, 1872, tome 3, p.719.
L'auteur retrouve "l'être céleste" dans une promenade champêtre, loin des villes, "des arts, du luxe, des vices et des faux besoins". "j'aspire à contempler l'auteur de la nature dans ses œuvres" (p.123). "l'aspect de ces merveilles me rend visible l'action et la présence du grand principe intelligent... être universel qui doit éloigner le fanatisme, l'impiété, le despotisme" (p.145)
On lit dans le n° 24, p. 106 [ici], daté du 17 juin 1789, de L'Esprit des Journaux, François et Étrangers :
"Le Contemplateur Nocturne mérite aussi de nous arrêter un moment. C'est un poème descriptif en prose dans le goût des Nuits d'Young, avec cette différence que la teinte est un peu plus douce, moins sombre, moins lugubre. L'auteur, en débutant, invoque une déesse amie du silence et du repos. «Viens, dit-il, ô méditation, fille du ciel, mère de la sagesse ; descends des voûtes azurées ; porte ta lumière divine dans mon esprit ; apprends-moi à contempler les beautés nocturnes de la nature et, dans ce silence général des êtres, donne à ma voix la force de chanter dignement le créateur et le conservateur de l'univers. Ses désirs sont exaucés. Il fuit le séjour de la ville, portent ses pas vers les vastes campagnes et c'est là qu'il contemple la nature sous son crêpe transparent et trace, à grands traits, le sublime tableau qu'elle offre à l'œil observateur qui sait les admirer. Après avoir salué la forêt auguste et silencieuse dont la noire profondeur impose encore davantage au milieu des ténèbres de la nuit, après avoir suivi d'un regard effrayé la course écumeuse et bondissante des torrents destructeurs qui, au fort de leurs ravages, disparaissent et s'engloutissent tout-à-coup, comme ces conquérants ambitieux, redoutables fléaux de l'humanité, bientôt, il est enlevé jusqu'aux régions célestes, au milieu des sphères brillantes, à l'imitation du Songe de Scipion, au-delà des orbites immenses que décrivent Saturne et la planète d'Herschel. Du sommet de ces hauteurs éthérées, il redescend vers le globe terrestre pour y considérer les malheurs de l'espèce humaine, le spectacle des arts et de l'inégalité, de l'opulence et de la misère, de l'esclavage et de la domination. Vers ces contrées que le Soleil favorise de ses premiers regards « il voit s'élever des trônes entourés de gardes menaçantes ; leur base est l'infortune de plusieurs millions d'hommes ; le sang des malheureux et les larmes des malheureux ont formé la splendeur qui les entoure. De chacun de ces trônes par une chaîne immense et redoutable dont le poids accable les nations infortunées : le glaive du despotisme étincelle dans la main des Tyrans et frappe sans cesse sur la vertu et l'amour de la patrie. Les riantes campagnes se changent en affreux désert et les gémissements des peuples retentissent dans les climats les plus délicieux de la terre ».
Pensées métaphysique et morale sur Dieu et sur l'homme
"Réflexions qui ont occupé les loisirs de ma retraite et qui m'ont aidé à supporter les rigueurs de l'infortune" (p. 153). Saige évoque "les époques orageuses des troubles et des révolutions (p. 154).
Plaidoyer contre l'athéisme. Toute la nature, les animaux apportent des preuves de l'existence de "l'intelligence suprême"
Saige réfute ces "esprits faux et pervers qui prétendent ne voir que le hasard ou la nécessité dans cette partie du grand système des êtres animés" (p. 161). Il passe en revue Galilée, Copernic, Kepler, Newton, le microscope qui remet en cause l'athéisme d'Aristote. Il célèbre l'Être suprême et d'immortalité de l'âme (p .185), mais aussi "l'entière supériorité de l'homme sur tous les êtres animés qui peuplent la surface de la terre" ( p. 187). Lui seul est animé de "l'amour du beau" (p. 188) qui marque sa "relation particulière avec la divinité" (p. 189)
"Toutes nos idées viennent des sens" (p. 201) (cf. le sensualisme de Condillac). Mais elles préexistent au fond de notre âme et "excitées par la présence des occasions, entrent sur la scène du monde moral" (p. 208) "Pas d'ordre moral sans ordonnateur". L'homme est doué d'une âme immortelle (219)
Le temple du bonheur où les deux vertus (Allégorie)
Rêve d'un lecteur endormi. Une femme lui apprend à distinguer les divers chemins qui atteignent le sommet de la montagne (p. 255)
"Un seul mène à ce lieu fortuné, et les autres ne sont propres qu'à t'égarer" (p. 256)
chemin de l'ambition (p. 258) ; chemin de la cupidité (p. 160)
Au lieu du chemin de la Volupté (p. 260), le bon chemin est celui de la vertu (p. 265) menacé par l'injure et le mépris (p. 268).
Sous la direction de la vertu et de la religion enlacées, le voyageur atteint le temple du bonheur (p.269
Cébès ou le dialogue sur le beau
Avis préliminaire : S'inspire du Phédon de Moses Mendelssohn, philosophe juif allemand des Lumières. Phédon est publié en 1767 (p. 272)
Lord Shaftsbury "un des écrivains qui fait le plus honneur à l'Angleterre" (p. 274)
Idée générale du système de Platon et des platoniciens sur le beau : met en scène Socrate et ses disciples (p. 275)
Explicit (derniers mots) : "que cette pureté de l'âme soit donc notre principale étude" (p. 32).
__________________________
- À la bibliothèque Bibliothèque Mériadeck de Bordeaux, Opuscules d'un solitaire est disponible sous les cotes D 33386 & DU 4078 (un exemplaire relié, un exemplaire cartonné). L'ouvrage n'existe pas en ligne, sauf le Voyage à la Nouvelle Philadelphie, qui a été numérisé dans le cadre d'un projet spécifique réalisé par Gallica et relatif aux utopies.



Commentaires
Enregistrer un commentaire