Le catéchisme du citoyen ou le destin singulier d'un pamphlet prérévolutionnaire
(Verbatim)
Jean-Michel Andrault, trésorier de la société des bibliophiles de Guyenne Les 5 minutes de grâce étant écoulées, d'abord, je vous prie de bien vouloir excuser Guillaume Flamerie de la Chapelle, le président de la Société des bibliophiles, retenu par une réunion importante à l'Université. Il arrivera peut-être en cours de conférence, mais c'est pas sûr du tout et il m'a demandé de le remplacer. Donc, M. le secrétaire perpétuel, Mme de Bellaigue, Mesdames et Messieurs de l'Académie et de la société des bibliophiles, je ne voulais pas faire un discours, mais je voulais simplement déjà dire quel plaisir, quel honneur c'était de nous retrouver entre ces murs vénérables. La bibliothèque de Bordeaux étant fermée aujourd'hui pour des raisons internes, je crois, nous avons dû chercher un lieu d'hébergement. Mme de Bellaigue s'est faite l'entremetteuse pour nous proposer l'Académie. Merci encore de nous accueillir. On a eu quelques difficultés à mettre en place le système audiovisuel, à coordonner tout ça, mais tout devrait bien se passer, je pense. Alain Béreau, secrétaire perpétuel On est heureux de vous accueillir à l'Académie. On essaie, dans la mesure du possible, d'ouvrir de temps en temps nos salons, pas seulement pour nos séances, mais à d'autres sociétés ou d'autres associations. Avec quelques conditions : on vérifie, quand même, le thème de la réunion. Et puis, une des conditions, que vous comprendrez, c'est qu'il y ait forcément l'un d'entre nous, un académicien ou une académicienne, pour des raisons à la fois d'organisation du salon, mais aussi de surveillance, puisque le patrimoine qui est sur nos murs est quand même assez précieux. Je ferai quelques commentaires : Vous avez devant vous, partie qui est à droite, et derrière vous, la gauche, le portrait de Montesquieu, classé monument historique. Hélène, deux mots sur ce portrait : Hélène de Bellaigue, académicienne C'est un portrait qui a été réalisé du vivant de Montesquieu. Montesquieu n'a sans doute pas posé pour ce portrait, mais il a dû le voir peindre. Et c'est le seul portrait qui ait été fait de
son vivant. Il y a une médaille (peut-être que certains d'entre vous la connaissent) qui est faite par Dassier, dont on n'a pas de reproduction ici. Là, il avait posé. Là, il n'a pas posé, mais ça a été fait de son vivant par un peintre qui s'appelle Lapenne, qui est un peintre toulousain. Ça appartenait à une série de sept portraits. Vous en avez deux autres ici, qui étaient commandés par l'Académie pour les membres fondateurs. Il y en avait sept. Après la Révolution, on en a perdu quatre, mais on en a quand même conservé trois. Ici, vous avez Sarreau de Boynet, qui était un musicien, mathématicien, peintre, quelqu C'est ce qui s'est passé : nous existons depuis 1712 et nous sommes immortels ! Ici, vous avez un parlementaire, qui est le président de Gasq, qui a été le premier directeur et un des fondateurs aussi de l'Académie. Ces deux portraits ont été réalisés par un peintre qui s'appelle Sibon, différent de celui de Montesquieu, mais ce sont de très beaux documents. Et là, vous avez un buste, une reproduction. Alain Béreau Ce sont les portraits du directeur. Aujourd'hui, c'est un président que nous avons tous les ans. Nous avons notre président pour cette année 2025, Joël Dehais, qui est venu aussi à cette soirée. Je vous redis tout le plaisir qu'on a, à la fois de vous montrer nos salons, parce qu'on a un très beau lieu, et puis à vous accueillir, j'espère, dans de bonnes conditions pour cette conférence. Jean-Michel Andrault Merci, monsieur le secrétaire perpétuel. Ceux qui connaissent un petit peu la société des bibliophiles ou qui fréquentent leurs conférences ont peut-être déjà entendu, il y a un peu plus de deux ans, Christian Coste, qui est un juriste et un petit peu un détective de l'histoire. Il nous avait présenté, fin 2022, un manuscrit peu connu, voire inédit, de la bibliothèque de Bordeaux, un manuscrit d'Etienne Cleirac du début du XVIIe siècle, sur les ordonnances et coutumes de la mer. Un manuscrit qui préfigurait un petit peu un certain nombre d'évolutions juridiques à venir. Et là, aujourd'hui, il est parti à la recherche du Catéchisme du citoyen, du destin de ce pamphlet pré-révolutionnaire. Voilà, je lui laisse la parole. Christian Coste Merci, M. Andrault, pour cette présentation. Merci à tous, à vous autres qui êtes venus par cet après-midi pluvieuse. En ce jour où l'on ne parle, vous l'avez remarqué, que d'intelligence artificielle, je vous convie, pendant une cinquantaine de minutes, à une expérience beaucoup plus modeste, qui est la rencontre avec un objet plein d'intelligence naturelle : un livre, un livre ancien, ici, que vous pourrez voir, mais que l'on trouve à la bibliothèque de Bordeaux, en plusieurs exemplaires et donc qui n'est pas un livre rare. Livre ancien, bibliophilie oblige, dans le cadre de cette société de bibliophiles. C'est un livre trouvé en octobre 2003 au Salon du livre ancien. C'est l'occasion de faire un deuxième remerciement à Jean-Michel Andraud, qui, avec Jean-Pierre Borde, est l'infatigable organisateur de cette précieuse manifestation. On va regarder de quoi il s'agit : Un livre, c'est d'abord un titre. Un titre au dos, dans le compartiment entre le 1er et le 2e nerf, qui doit donner des indications sur le contenu.
Ce livre propose une surprise. Jean-Michel Andrault a tout de suite deviné qu'il y avait un passager clandestin : un deuxième livre inclus que voici : c'est le Manuel de l'homme libre. Quand on trouve un livre sur l'étal d'un bouquiniste, on commence par regarder le titre, bien sûr. Le titre qui nous dit quelque chose du contenu, par convention, depuis le XVe siècle. Parce qu'avant le XVe siècle, c'était le début de la première phrase qui tenait lieu de titre. Pas commode à mettre sur le dos d'un livre ! On regarde ensuite la date, surtout si on s'intéresse au livre ancien. On regarde tout de suite le lieu d'édition : Genève, Amsterdam, c'est intéressant ! On cherche l'auteur, et là, on le cherche en vain, puisque l'auteur est anonyme. Donc, on a déjà là un petit nuage d'informations : On a un auteur qui, grosso modo, doit craindre la censure. On est en 1787, à la veille de la Révolution. On parle du "citoyen", on parle de "l'homme libre". Il y a un petit air pré-révolutionnaire. Voilà, on a des indices qui nous mettent sur la piste d'une enquête. Et pour ne pas manquer à ma réputation, je vous invite à aller voir ce qu'il en est. ________________ Plan :
|
I) Catéchisme(s)
Pourquoi un catéchisme ? C'est la question qu'on se pose. Quel est son propos ? Pourquoi l'anonymat ? Qui peut bien être l'auteur ? Est-ce qu'il a laissé une oeuvre ? Qu'est-il arrivé à ses livres ? Est-ce qu'il a laissé une trace ?
Je ne suis pas seul, j'ai des enquêteurs : ce sont les moteurs de recherche. Vous les avez aussi : puissants auxiliaires informatiques, ces moteurs de recherche ! Mais aussi, et je dirais surtout : les bibliothèques et les archives. Parce qu'il y a des choses qui, encore, et bien que archives et bibliothèques se soient largement informatisées, ne se retrouvent toujours que sur du papier.
Alors, pourquoi vous parler ce livre ? Ma curiosité personnelle ne suffit pas. Si j'ai eu l'idée de proposer à la Société des bibliophiles de faire cette brève présentation, c'est parce que l'enquête va renvoyer des informations sur le destin de ce livre, sur l'histoire du livre à la veille de la Révolution et aussi sur l'histoire de Bordeaux.
Un "Catéchisme". On commence par le titre. Dans le dictionnaire de l'Académie française de l'époque du livre (1762), c'est une instruction : " l'instruction sur les principes et les mystères de la foi". Si on se tourne vers le Larousse, il ajoute au même contenu l'observation que le catéchisme est aussi "un livre". Donc, il y a un contenu et un contenant. C'est un livre qui contient un enseignement. C'est le livret, le petit manuel.
Alors, j'ai cherché des catéchismes, et j'en ai trouvé un assez joli, avec une belle image.
C'est le premier catéchisme pour les petits-enfants à l'usage du diocèse de Saint-Malo, toujours dans nos dates : 1764.
Le catéchisme apparaît avec la contre-réforme catholique, parce que le premier catéchisme, apparemment, si j'ai bien lu, c'est celui de Calvin, autour de 1541, qui suscite, en contre-réforme, d'autres catéchismes à la suite du Concile de Trente, au milieu du XVIe siècle. Il s'agit de petits manuels où on apprend, "par demandes et réponses". On apprend par cœur, selon la méthode qui va être reprise dans ce catéchisme et qui a été maintenue en matière religieuse jusqu'au milieu du XXe siècle.
Mais le catéchisme qui est ici n'est pas pour les catéchumènes habituels. C'est un catéchisme "du citoyen" dont l'introduction dit que c'est une 2e édition, celle que j'ai sous les yeux. Donc j'ai recherché la 1re édition et l'ai trouvée à la bibliothèque de Bordeaux. Elle est aussi à la BNF, à Paris. La 1re édition est parue en 1775. "Catéchisme du citoyen ou éléments du droit public français".
"- Qu'entendez-vous par droit public ?
- J'entends la connaissance des lois, de la constitution d'une société politique".
On a ce catéchisme, qui est réédité de nombreuses fois. Mon édition date de 1787, mais j'ai trouvé des éditions en 1788, au moins à 4 reprises. Et il s'enrichit, surtout dans la 2e édition. Son contenu est augmenté de "fragments politiques" qui réunissent beaucoup de textes d'actualité, qui augmentent la pagination. La première édition est un petit catéchisme qui fait 113 pages. Celui que j'ai trouvé (1787) fait 300 pages ! C'est donc un livre assez différent du premier.
Ce catéchisme est un succès de librairie. Il va connaître une large diffusion dans ses rééditions au moment de la réunion des états généraux de mai 1789. Et cette formule du catéchisme, qui s'applique à des citoyens et non plus à des enfants qui veulent apprendre la religion, a beaucoup de succès.
On commence à copier le titre: Catéchisme des Parlements : publié en 1788, catéchisme qui dénonce le complot des Parlements.
C'est un pamphlet virulent contre le Parlement de Paris. Je lis : "Nous brûlons les écrits, nous décrétons les auteurs, nous intimidons tous les citoyens par le pouvoir de les accuser nous-mêmes sous le nom de notre procureur général, de les poursuivre, de les juger, de les pendre dans les 24 heures". C'est mis, par l'auteur anonyme, dans la bouche des Parlements. Évidemment, les Parlements n'apparaissent pas sous un jour sympathique, alors que, dans l'opinion publique, ils apparaissent, au contraire, comme les défenseurs du peuple.
Le catéchisme apparaît avec la contre-réforme catholique, parce que le premier catéchisme, apparemment, si j'ai bien lu, c'est celui de Calvin, autour de 1541, qui suscite, en contre-réforme, d'autres catéchismes à la suite du Concile de Trente, au milieu du XVIe siècle. Il s'agit de petits manuels où on apprend, "par demandes et réponses". On apprend par cœur, selon la méthode qui va être reprise dans ce catéchisme et qui a été maintenue en matière religieuse jusqu'au milieu du XXe siècle.
Mais le catéchisme qui est ici n'est pas pour les catéchumènes habituels. C'est un catéchisme "du citoyen" dont l'introduction dit que c'est une 2e édition, celle que j'ai sous les yeux. Donc j'ai recherché la 1re édition et l'ai trouvée à la bibliothèque de Bordeaux. Elle est aussi à la BNF, à Paris. La 1re édition est parue en 1775. "Catéchisme du citoyen ou éléments du droit public français".
![]() |
"- Qu'entendez-vous par droit public ?
- J'entends la connaissance des lois, de la constitution d'une société politique".
On a ce catéchisme, qui est réédité de nombreuses fois. Mon édition date de 1787, mais j'ai trouvé des éditions en 1788, au moins à 4 reprises. Et il s'enrichit, surtout dans la 2e édition. Son contenu est augmenté de "fragments politiques" qui réunissent beaucoup de textes d'actualité, qui augmentent la pagination. La première édition est un petit catéchisme qui fait 113 pages. Celui que j'ai trouvé (1787) fait 300 pages ! C'est donc un livre assez différent du premier.
Ce catéchisme est un succès de librairie. Il va connaître une large diffusion dans ses rééditions au moment de la réunion des états généraux de mai 1789. Et cette formule du catéchisme, qui s'applique à des citoyens et non plus à des enfants qui veulent apprendre la religion, a beaucoup de succès.
On commence à copier le titre: Catéchisme des Parlements : publié en 1788, catéchisme qui dénonce le complot des Parlements.
![]() |
| Cathéchisme des Parlemens |
C'est un pamphlet virulent contre le Parlement de Paris. Je lis : "Nous brûlons les écrits, nous décrétons les auteurs, nous intimidons tous les citoyens par le pouvoir de les accuser nous-mêmes sous le nom de notre procureur général, de les poursuivre, de les juger, de les pendre dans les 24 heures". C'est mis, par l'auteur anonyme, dans la bouche des Parlements. Évidemment, les Parlements n'apparaissent pas sous un jour sympathique, alors que, dans l'opinion publique, ils apparaissent, au contraire, comme les défenseurs du peuple.
![]() |
| Nouveau catéchisme du citoyen (1789) |
Un autre catéchisme : Nouveau catéchisme du citoyen. Le même titre, mais ce catéchisme-là, qui paraît, toujours anonyme, en 1789, est un catéchisme à la gloire du régime monarchique.
Je prends un exemple :
Je prends un exemple :
"- Demande : Comment doit se conduire un bon citoyen ,
- Réponse : Il doit se conformer aux intentions personnelles du roi".
Et il y a une phrase dans ce catéchisme, qui résume tout : "Le gouvernement monarchique est le meilleur de tous". L'auteur, en fait, est un royaliste convaincu, mais il se dit que ce catéchisme-là,
publié sous anonymat, va avoir beaucoup plus de succès que s'il est publié sous son nom !
Catéchisme du Tiers-Etat (1788) : 38 pages, petite formule aussi, publié anonymement, avec une très belle préface :
![]() |
| Catéchisme du Tiers-Etat (1788) |
Catéchisme du Tiers-Etat (1788) : 38 pages, petite formule aussi, publié anonymement, avec une très belle préface :
"Il faut des livres aux hommes et des catéchismes aux enfants. Le Tiers-Etat n'est encore qu'un enfant bien faible et bien mal instruit, affaibli par ses malheurs, maltraité par ses supérieurs. Il ne connaît ni leurs devoirs, ni les siens. Ce petit catéchisme le rendra bien savant s'il l'instruit de ce qu'il doit aux autres, et bien puissant s'il l'instruit de ce que les autres lui doivent".
On trouve dans les pamphlets un vrai talent d'écriture ! A ce moment-là, semble-t-il, la chose du monde la mieux partagée...
Plus tard, d'autres catéchismes... Ne vous inquiétez pas, je vais m'arrêter. Il y a 154 catéchismes qui ont été publiés entre 1789 et 1800 -voir ici - ! Je vous cite simplement celui de Volney, parce qu'il s'appelle le Catéchisme du citoyen français. Le comte Volney, c'est ce philosophe orientaliste, voyageur, homme des lumières et homme politique.
![]() |
Et puis, au XIXe siècle, les catéchismes positivistes, celui d'Auguste Comte ... il y en avait d'autres, dont vous voyez qu'il est publié à Paris, à Londres et à Rio-de-Janeiro, parce que la devise d'Auguste Comte, c'était : "L'amour pour principe, l'ordre pour loi et le progrès pour but". Et vous savez peut-être que la devise de l'État du Brésil, c'est "L'ordre pour loi et le progrès pour but". L'amour est passé à la trappe...
Un livre gigogne
Avec le Catéchisme du citoyen, on a un livre gigogne.
Pour résumer, c'est l'exposé simple et clair du nouveau vocabulaire politique. On retrouve tous les mots qui annoncent la Révolution. C'est la manière dont on pense la politique dans ces années qui précèdent la Révolution : Il y a "contrat social", "volonté générale", "citoyen", "nation", "assemblées", "Tiers-État", "constitution", "liberté", "droits fondamentaux"... tout ça à une époque, en 1775, où il n'existe pas de constitution, nulle part, même aux États-Unis. Il n'existe même pas de déclaration des droits aux États-Unis (1776). Donc, ce sont des mots nouveaux qui annoncent une société nouvelle. C'est le contenu du Catéchisme. Ensuite, il y a des notes et des fragments qui relèvent d'un autre style, qui allongent le Catéchisme, des notes en bas de page, qui traitent d'un autre sujet, qui est plutôt l'exposé d'un historien du droit sur la naissance et le rôle des parlements, qui existeraient, dit notre auteur, depuis Charlemagne, comme un élément consubstantiel du pouvoir du roi, comme un élément modérateur, et qui évite le pouvoir absolu.
Et puis, ensuite, c'est la dernière : "Réflexion sur le droit des états généraux", qui font allusion à un épisode très particulier de l'avant-Révolution, qui est la réunion de l'Assemblée des Notables, où nous avons beaucoup d'indications précises.
En clair : 150 pages de catéchisme, 50 pages de "preuves et remarques", ce sont des notes de bas de page, puis 100 pages de "fragments politiques", où l'on trouve des considérations sur les états généraux et la concession des subsides (ce sont les impôts nouveaux, les édit royaux, les édits fiscaux), des observations sur les réformes projetées, l'Assemblée des Notables, et puis des références à l'actualité politique : Réflexions sur le droit des états généraux", "De l'autorité des magistrats".
Attention au faux-sens : les magistrats, ce ne sont pas les magistrats au sens où nous l'entendons, ce sont toutes les personnes investies d'une autorité publique. Comme on dit maintenant que le maire est le premier magistrat de sa commune, le roi est le premier magistrat du royaume. C'est ainsi qu'on l'entend.
Il y a des références à l'actualité politique du moment. En fait, ce sont des pamphlets qui ont été réunis pour commenter l'actualité.
La Fronde des Parlements
Cette actualité, il faut en dire deux mots. Il faut se remémorer cette fronde des Parlements qui commence au XVIIe siècle et va durer jusqu'à la Révolution (dont elle est probablement l'une des causes, parmi d'autres).
Le Parlement, c'est une institution judiciaire, aujourd'hui la cour de cassation, au civil, au pénal, instance suprême le plus souvent - mais pas toujours -. A l'époque les treize parlements du royaume sont aussi des assemblées de magistrats,
propriétaires de leur charge. Ce sont des juristes compétents qui
vérifient la bonne fabrication des textes. Enfin, ce sont des légistes,
exerçant la science de la légistique, comme le fait maintenant le Conseil
d'État. Donc, le Parlement a la fonction aujourd'hui exercée par le
Conseil d'État dans ses formations administratives.
Cette assemblée se donne le droit, surtout dans la période d'avant la Révolution, de faire un examen juridique de conformité avec ce qu'elle appelle les "lois fondamentales du Royaume". Et les lois fondamentales du Royaume sont ce que le Parlement dit qu'elles sont. Il y a la loi salique sans doute, mais il y a aussi et surtout l'existence même des Parlements, qui ont la fonction de contrôler les lois et de vérifier aussi, en opportunité, leur adéquation. Il y a toute une procédure qui se met en place, qui fait pâlir la procédure du 49-3 et de la censure, dont nous sommes maintenant coutumiers : il s'agit du droit de remontrance. Le Parlement, qui n'est pas d'accord, fait au Roi des remontrances. Et si le Roi n'est pas d'accord, il produit des lettres de jussion, qui sont des lettres qui obligent le Parlement à appliquer la loi. Mais le Parlement peut faire des remontrances "itératives". Donc s'engage un dialogue qui peut être interminable. Au bout d'un certain temps, le Roi trouve que "ça commence à bien faire". Il décide de réunir les Parlements dans ce qu'on appelle un "lit de justice" pour imposer sa volonté.
Avant de parler des Parlements et de dire la cause du conflit, il faut dire quel est le contenu de ce conflit. C'est un problème éternel. L'Etat coûte trop cher, éternelle question politique. La royauté est dispendieuse avec ses guerres, ses fastes, ses pensions. Il y a, selon les termes de l'époque, un "dérangement des finances du Royaume", c'est-à-dire un problème budgétaire. Il s'agit, soit de réduire les dépenses, soit d'augmenter les impôts, soit un peu des deux. Dilemne encore actuel.
Alors, me direz-vous, peut-être que le peuple n'est pas au courant ? Eh bien, le peuple est au courant de cette question, parce que Necker, qui a été l'un des premiers ministres de Louis XVI, dès qu'il a quitté ses fonctions, a publié un petit livre qui eu beaucoup de succès, a été beaucoup lu, qui s'appelle Compte rendu au Roi (1780), dans lequel, pour la première fois, il détaille le contenu du budget : le poste des recettes, les impôts, le poste des dépenses. Il dit que le budget, non seulement est en équilibre, mais qu'il dégage des bénéfices, que les comptes sont positifs - les historiens sont pas toujours d'accord et pensent que Necker s'est peut-être un peu vanté-. Necker est extrêmement précis sur les dépenses de la maison royale. Et c'est ce qui va fâcher. Parce qu'on voit les châteaux, offerts aux favoris et favorites, toutes les dépenses somptuaires, les pensions, etc. Donc, c'est sans doute une des causes qui va faire que Necker est démis de ses fonctions.
Le Roi a toujours ce problème, budgétaire. Les ministre qui suivent accentuent les dépenses. Le Roi veut faire des édits fiscaux. Il doit passer par le Parlement, et c'est là que tout se complique. Les Parlements s'y opposent, avec la procédure indiquée.
Le Roi va se tourner vers son Garde des Sceaux, Maupeou (le Roi, c'était le Louis XV, à l'époque, 1771, c'est pas encore Louis XVI) et puis plus tard, juste avant la Révolution, vers l'autre ministre des finances, Lamoignon.
La solution proposée consiste à dire : on va se débarrasser des Parlements, puisque les Parlements nous ennuient. On va les remplacer par des assemblées, assemblées provinciales et différentes formules. On va moderniser la justice, on va la rendre moins chère, on va mettre des avocats, on va supprimer la procédure de la question, etc. La justice sera moderne. Mais les Parlements n'auront plus la possibilité de s'opposer aux édits royaux.
Cette assemblée se donne le droit, surtout dans la période d'avant la Révolution, de faire un examen juridique de conformité avec ce qu'elle appelle les "lois fondamentales du Royaume". Et les lois fondamentales du Royaume sont ce que le Parlement dit qu'elles sont. Il y a la loi salique sans doute, mais il y a aussi et surtout l'existence même des Parlements, qui ont la fonction de contrôler les lois et de vérifier aussi, en opportunité, leur adéquation. Il y a toute une procédure qui se met en place, qui fait pâlir la procédure du 49-3 et de la censure, dont nous sommes maintenant coutumiers : il s'agit du droit de remontrance. Le Parlement, qui n'est pas d'accord, fait au Roi des remontrances. Et si le Roi n'est pas d'accord, il produit des lettres de jussion, qui sont des lettres qui obligent le Parlement à appliquer la loi. Mais le Parlement peut faire des remontrances "itératives". Donc s'engage un dialogue qui peut être interminable. Au bout d'un certain temps, le Roi trouve que "ça commence à bien faire". Il décide de réunir les Parlements dans ce qu'on appelle un "lit de justice" pour imposer sa volonté.
Avant de parler des Parlements et de dire la cause du conflit, il faut dire quel est le contenu de ce conflit. C'est un problème éternel. L'Etat coûte trop cher, éternelle question politique. La royauté est dispendieuse avec ses guerres, ses fastes, ses pensions. Il y a, selon les termes de l'époque, un "dérangement des finances du Royaume", c'est-à-dire un problème budgétaire. Il s'agit, soit de réduire les dépenses, soit d'augmenter les impôts, soit un peu des deux. Dilemne encore actuel.
![]() |
| Portrait de Jacques Necker D’après Joseph-Siffred Duplessis |
Alors, me direz-vous, peut-être que le peuple n'est pas au courant ? Eh bien, le peuple est au courant de cette question, parce que Necker, qui a été l'un des premiers ministres de Louis XVI, dès qu'il a quitté ses fonctions, a publié un petit livre qui eu beaucoup de succès, a été beaucoup lu, qui s'appelle Compte rendu au Roi (1780), dans lequel, pour la première fois, il détaille le contenu du budget : le poste des recettes, les impôts, le poste des dépenses. Il dit que le budget, non seulement est en équilibre, mais qu'il dégage des bénéfices, que les comptes sont positifs - les historiens sont pas toujours d'accord et pensent que Necker s'est peut-être un peu vanté-. Necker est extrêmement précis sur les dépenses de la maison royale. Et c'est ce qui va fâcher. Parce qu'on voit les châteaux, offerts aux favoris et favorites, toutes les dépenses somptuaires, les pensions, etc. Donc, c'est sans doute une des causes qui va faire que Necker est démis de ses fonctions.
Le Roi a toujours ce problème, budgétaire. Les ministre qui suivent accentuent les dépenses. Le Roi veut faire des édits fiscaux. Il doit passer par le Parlement, et c'est là que tout se complique. Les Parlements s'y opposent, avec la procédure indiquée.
Le Roi va se tourner vers son Garde des Sceaux, Maupeou (le Roi, c'était le Louis XV, à l'époque, 1771, c'est pas encore Louis XVI) et puis plus tard, juste avant la Révolution, vers l'autre ministre des finances, Lamoignon.
La solution proposée consiste à dire : on va se débarrasser des Parlements, puisque les Parlements nous ennuient. On va les remplacer par des assemblées, assemblées provinciales et différentes formules. On va moderniser la justice, on va la rendre moins chère, on va mettre des avocats, on va supprimer la procédure de la question, etc. La justice sera moderne. Mais les Parlements n'auront plus la possibilité de s'opposer aux édits royaux.
Lits de justice
![]() |
| lit de justice de septembre 1715 |
Louis XVI fera beaucoup de lits de justice qui se passeront mal, parce que le Parlement persiste dans son opposition. Donc, les magistrats sont punis. Ils sont envoyés loin de leur base. Ils perdent leurs bénéfices, leur activité professionnelle : ils sont exilés. Ils sont quelquefois emprisonnés. Après, ils reviennent, soutenus par les acclamations du peuple, à Grenoble, à Bordeaux. Le Parlement se fait une belle réputation de défenseurs des droits du peuple contre le Roi, qui veut accabler le peuple d'impôts. Parce qu'évidemment, le peuple est plus soumis aux impôts que ceux qui y échappent.
![]() |
| lit de justice de septembre 1715 |
Je me suis interrogé sur l'expression "lit de justice". Vous voyez là, dans un coin, le petit roi, c'est Louis XV, 5/6 ans qui succède à son grand-père. Il a l'air allongé dans un lit, c'est un fauteuil très profond, très confortable. Mais je crois que l'expression ne vient pas de là. Cela vient du fait qu'il y a, au-dessus du roi, un dais, comme il y a sur les lits, à l'époque. L'expression vient de la comparaison avec la structure des lits.
![]() |
| lit de justice de septembre 1715 |
Cette manifestation, chaque fois imposante, qui coûte très cher, prend du temps. Vous reconnaissez la Sainte Chapelle, le Parlement en grandes robes qui se réunit. Je crois que nos rentrées solennelles sont dans la succession de ce genre de manifestation.
J'ai trouvé, en ce qui concerne cette opposition, le texte d'un juriste qui écrit en 1789, "L'exposition et la défense de la Constitution monarchique française". C'est l'historiographe du roi, Jacob-Nicolas Moreau. Il écrit ceci (p. 324): " L'édit enregistré, malgré le Parlement, fera donc loi." (On est situation de conflits, le roi impose sa volonté : "vous enregistrez par la force des choses"). "Mais l'édit ne le sera que par la volonté du souverain et par le laborieux et fort de cette toute puissante autorité. Il n'aura pour lui, (c'est le texte que je vous ai recopié), ni la confiance des peuples, ni ce cri de l'opinion publique, qui est, pour une bonne loi, ce qu'est, pour un bon voilier, le vent qui le pousse sur les mers" (p. 325).
J'aime beaucoup cette comparaison maritime. Elle vaut pour l'époque et peut-être pour tous les temps. Elle montre l'acuité du conflit.
![]() |
| Estampe mise en couleur, gravure par Claude Niquet d'après un dessin de Very et Girardet représentant l'assemblée de notables tenue à Versailles le |
Assemblée des notables
Alors, puisque les Parlement font blocus, on va réunir l'Assemblée des notables à Versailles. Deux réunions qui ont lieu en en février - mai 87 et décembre 1788. C'est pas la même composition que les Parlements, même s'il y a des parlementaires. Il y a, à peu près, 150 personnes désignées par le roi, qui sont, pour beaucoup, des nobles, mais aussi des juristes, qui ont la seule possibilité d'émettre un avis. L'Assemblée des notables existe depuis longtemps. Elle n'avait pas été réunie, je crois, depuis 1627. C'est une manière d'éviter de réunir les états généraux, qui nécessite de faire des cahiers de doléances, etc.C'est bien de cette assemblée des notables dont parle beaucoup de Le catéchisme du citoyen. C'est pour cela que je l'évoque.
Ici une autre image. C'est la même réunion. Le peintre est Jean Alaux, ou son atelier. C'est un peintre bordelais, né à Bordeaux, peintre favori de Louis Philippe, qui lui a confié l'entière décoration de la salle des états généraux du château de Versailles (l'Assemblée des notable de 1787 est à Versailles). Donc demande d'impôts nouveaux. Échec et mat. Il faudra réunir les états-généraux. Voilà donc le contexte. On revient à notre livre.
Ce conflit sent le roussi, comme le titre l'annonce. Et on va parler de quelque chose qui concerne à la fois notre livre et l'histoire du livre, qui est la censure.
Il y a, à la fin du XVIIIe siècle, trois censures :
- La censure royale, bien
connue, bien organisée, avec des censeurs partout qui sont souvent des
parlementaires et qui lisent tous les livres qui donnent des
autorisations préalables - ou pas d'autorisation-. Les livres se publient
sans autorisation, mais quelquefois se publient quand même, sans qu'il y ait de répression royale. Donc, il y a un système assez compliqué. Vous vous souvenez que Diderot, lorsqu'il publie son
encyclopédie, se voit interdire les deux premiers volumes par la
censure royale. Il va voir Malesherbes (Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes), qui est alors le directeur de la
librairie, responsable de la censure. Il est assez ami des philosophes, des lumières. Et Malesherbes dit : " Je vais prendre les exemplaires dans mon hôtel particulier comme ça, ils risqueront rien".
Donc il y a des accommodements avec la censure royale.
- Il y a aussi une censure religieuse, puisqu'il y a toujours les problèmes religieux.
- Et la
censure parlementaire qui est beaucoup moins étudiée par les historiens, à laquelle on va s'intéresser. C'est la plus
spectaculaire, parce qu'elle brûle les livres.
![]() |
| Le Phénix renaissant de ses cendres (sur Gallica) |
J'ai
trouvé sur
cette estampe, qui n'est pas identifiée, qui m'a beaucoup intriguée.
Elle n'est pas datée Son titre en dessous : "Le Phénix renaissant de ses
cendres". Vous voyez la ronde des ânes qui
braient autour d'un bûcher
sur lesquels brûlent des livres, avec un oiseau qui s'en va, c'est le
Phénix. Et puis au fond à gauche, vous apercevez un temple et au fond, à
droite des
bâtiments, on aperçoit des moulins et puis un drôle de clocher.
D'abord les livres. De près, le bûcher. On reconnaît les livres, puisque c'est marqué :
L'abbé Raynal, effectivement, un livre qui a été brûlé, la troisième édition de l'Histoire des deux Indes (1780).
Diderot : la condamnation de sa Lettre sur les aveugles (1749). Je ne sais pas s'il été brûlé, mais il a été emprisonné.
Rousseau, L’Émile (1762). Le livre a été brûlé. Rousseau a été a été poursuivi en France et même a été condamné en Suisse. Et ça gâté la fin de sa vie.
Voltaire, les Lettres philosophiques.
Mably, Montesquieu, dont nous parlions tout à l'heure, figurent aussi. Mais je ne suis pas sûr que les livres de Montesquieu aient été brûlés. Je crois que Montesquieu craignait à la censure. Il a publié ses Lettres persanes de manière anonyme. Il a publié ses Réflexions sur la monarchie universelle en Europe et puis a retiré tous ses livres imprimés. Fort heureusement. Il en a laissé un à la bibliothèque de Bordeaux, annoté, que nous avons toujours. Mais je ne suis pas sûr que tous ces livres aient été brûlés par le Parlements. Par contre, censurés, oui.
On pourrait rajouter, peut-être, et ne ça figure pas là, qu'en 1579, le Parlement de Bordeaux a brûlé le Discours de la servitude volontaire d'Etienne La Boétie. Il était déjà mort, mais son discours a été brûlé. Ce que ça veut dire, c'est que cette gravure est un peu approximative. Tous les livres qui sont brûlés là n'ont pas nécessairement été brûlés !
D'abord les livres. De près, le bûcher. On reconnaît les livres, puisque c'est marqué :
L'abbé Raynal, effectivement, un livre qui a été brûlé, la troisième édition de l'Histoire des deux Indes (1780).
Diderot : la condamnation de sa Lettre sur les aveugles (1749). Je ne sais pas s'il été brûlé, mais il a été emprisonné.
Rousseau, L’Émile (1762). Le livre a été brûlé. Rousseau a été a été poursuivi en France et même a été condamné en Suisse. Et ça gâté la fin de sa vie.
Voltaire, les Lettres philosophiques.
Mably, Montesquieu, dont nous parlions tout à l'heure, figurent aussi. Mais je ne suis pas sûr que les livres de Montesquieu aient été brûlés. Je crois que Montesquieu craignait à la censure. Il a publié ses Lettres persanes de manière anonyme. Il a publié ses Réflexions sur la monarchie universelle en Europe et puis a retiré tous ses livres imprimés. Fort heureusement. Il en a laissé un à la bibliothèque de Bordeaux, annoté, que nous avons toujours. Mais je ne suis pas sûr que tous ces livres aient été brûlés par le Parlements. Par contre, censurés, oui.
On pourrait rajouter, peut-être, et ne ça figure pas là, qu'en 1579, le Parlement de Bordeaux a brûlé le Discours de la servitude volontaire d'Etienne La Boétie. Il était déjà mort, mais son discours a été brûlé. Ce que ça veut dire, c'est que cette gravure est un peu approximative. Tous les livres qui sont brûlés là n'ont pas nécessairement été brûlés !
Et puis, si je regarde à droite, au fond, c'est quelque chose qui me réjouit, parce que j'ai l'impression que, grâce à ça, on peut dater la gravure. Mais je sais que dans la salle, il y a des spécialistes qui vont pouvoir me confirmer ou m'infirmer. Je crois reconnaître, ici, au fond, le télégraphe mis au point par Claude Chappe en 1794. Et j'ai vu, au Musée Carnavalet, dans cette belle exposition : "1993-1994, l'année révolutionnaire", la maquette du télégraphe mis au point par Claude Chappe, qui a été présentée à l'Assemblée législative en 1792. Le télégraphe a été mis en place très rapidement, parce que c'était tellement commode, les informations circulaient beaucoup plus vite, ça date de 1794.
Donc, je pense que la gravure est postérieure à notre époque et date du milieu de la Révolution.
![]() |
| Déclaration du roi (1775) |
"Est puni de mort quiconque, auteur, imprimeur, libraire, colporteur, a composé, imprimé des écrits tendant à attaquer la religion, à émouvoir les esprits, à donner atteinte à l'autorité du roi, à troubler l'ordre et l'autorité de l'État".
Voilà le texte d'incrimination, extrêmement rigoureux. C'est une disposition qui est excessive. Je ne sache pas qu'il y ait eu d'auteurs qui aient été brûlés sur les bûchers avec leurs livres ! En revanche, beaucoup d'auteurs ont été emprisonnés, lettres de cachet, etc. Y compris Diderot.
![]() |
| Arrêt du Parlement de Bordeaux 28 juin 1775 |
Et si je fais ce détour, c'est pour revenir à mon livre, parce que j'ai eu le plaisir, je dois dire, de trouver aux Archives départementales de Bordeaux l'original d'un arrêt du Parlement de Bordeaux du 28 juin 1775, qui, vous le lisez ici :
"La Cour a ordonné et ordonne que ledit livre intitulé « Catéchisme du citoyen ou éléments du droit public françois, par demandes et réponses, à Genève, au dépens de la compagnie, ensemble», j'insiste sur le surlignage en jaune, « ensemble la note imprimée sur le dernier feuillet, soient brûlés[...] contenant des maximes séditieuses, attentatoires à l'indépendance, à l'autorité royale...", on reprend le texte de l'Édit royal.Ce qui est intéressant dans la motivation de cet arrêt, c'est cette phrase « maximes d'autant plus répréhensibles qu'elles sont artificieusement liées et confondues avec des principes du droit public consacrés par les lois et les monuments les plus authentiques ». Ce que dit le Parlement de Bordeaux, c'est que ce livre est d'autant plus pernicieux que c'est plutôt un bon livre qui traite du droit public et des "monuments les plus authentiques de notre droit public", mais il contient des "maximes artificieusement liés". Les "maximes artificieusement liés", c'est la note « ensemble », la note finale que l'on trouve dans les notes, pas dans le catéchisme.
![]() |
| Arrêt du Parlement de Bordeaux (28 juin 1775) |
On y parle du despotisme, "mais s'il y a un despote qui s'empare du pouvoir, le magistrat usurpateur (c'est lui le despote), il devient,alors un simple particulier, il est par le droit déchu de sa dignité, il devient ennemi public et la guerre est déclarée entre lui et la nation. Et un peu plus bas : "alors si dans l'avilissement général, il s'élève un homme courageux qui tente de briser les fers de ses concitoyens, son entreprise portera aux yeux de la sagesse et de l'humanité l'empreinte de la plus sublime vertu".C'est cette phrase qui met le feu aux poudres et qui déclenche la condamnation du livre par l'arrêt du Parlement de Bordeaux, et, deux jours plus tard, le 30 juin 1775, par le Parlement de Paris.
Le Parlement de Paris condamne deux livres, le catéchisme, (le nôtre), et un autre livre qui s'appelle l'Ami des lois. Les deux livressont anonymes, donc les auteurs ne subiront pas les foudres ! Et l'Ami des lois a un auteur facétieux qui a fait distribuer son opuscule à tous les membres du Parlement. C'est à dire qu'il s'est débrouillé pour que chaque membre du Parlement ait entre les mains un exemplaire. Ce qui a déclenché l'ire de l'avocat général qui s'appelle Antoine-Louis Séguier, grand nom, membre de l'Académie française à l'époque. Ce n'est pas le chancelier Séguier, qui date du siècle d'avant, celui qu'on voit sous son dais au le musée du Louvre, mais c'est la même famille.
Et l'avocat général Séguier dit que " l'un d'eux a porté la témérité jusqu'à vouloir faire envisager la rébellion comme l'effort de la plus sublime vertu. Nous ne répétons qu'en frémissant les propres termes de cet insensé". A l'époque le dispositif des arrêts, notamment à Paris, reprend les conclusions de l'avocat général. Et puis il y a le dispositif qui est la décision. C'est assez amusant parce qu'on s'aperçoit que tous les arrêts, j'en ai regardé un certain nombre, qui brûlent les livres, sont faits sur le même modèle., C'est à dire qu'en fait, les magistrats avaient des imprimés. Ils reprenaient toujours les mêmes formules avec l'exécuteur des hautes oeuvres qui brûle le livre sur les marches du palais, sous contôle d'huissier, etc.
Ces arrêts sont distribués, avec beaucoup de succès. C'est lu, commenté. D'où la gravure, parce que les gens étaient tout à fait au courant de ce qui se passait, pourquoi les livres étaient brûlés.
J'ai trouvé un écrivain qui raconte cette ambiance et cette procédure. Je vous dis pas le nom de cet écrivain, vous allez peut-être le reconnaître. Cet écrivain prend un ton un peu narquois et il dit ceci :
" L'avocat général vient à la barre de la cour, fait un réquisitoire plein de non-sens, assaisonné de déclamations, il détache quelques phrases à la mode des journalistes et les souligne. Le livre est condamné à être brûlé au pied du grand escalier ou de l'escalier St. Barthélémy, [c'est à Paris] comme hérétique, schismatique, erroné, violent, blasphémateur, impie, attentatoire à l'autorité, perturbateur du repos des empires etc. Il n'y a pas une seule épithète à rabattre...".
Et un peu plus loin, je trouve ceci :
![]() |
| Tableau de Paris, t. 4, chap. CCCXLIV. Le Parlement. p. 233 |
"On allume un fagot en présence de quelques polissons oisifs qui se trouvent là par hasard. Le greffier substitue une vieille Bible vermoulue au livre condamné. Le bourreau brûle le saint volume poudreux et le greffier place l'ouvrage anathémisé et recherché dans sa bibliothèque".
Évidemment, c'est une observation qui réjouit un cercle de bibliophiles et qui assure la pérennité de notre Catéchisme auquel on va revenir, après vous avoir révélé le nom de cet auteur savoureux que vous allez trouver en vous disant que c'est l'auteur du Tableau de Paris qui a été publié de 1782 à 1788 sous anonymat avec la mention "Amsterdam" comme pour le Catéchisme.
Évidemment, c'est une observation qui réjouit un cercle de bibliophiles et qui assure la pérennité de notre Catéchisme auquel on va revenir, après vous avoir révélé le nom de cet auteur savoureux que vous allez trouver en vous disant que c'est l'auteur du Tableau de Paris qui a été publié de 1782 à 1788 sous anonymat avec la mention "Amsterdam" comme pour le Catéchisme.
Vous avez son portrait, c'est Louis-Sébastien Mercier, Le tableau de Paris. Et pourquoi Louis-Sébastien Mercier ? Parce qu'il a été régent au collège de la Madeleine, à Bordeaux, de 1763 à 1765, après l'expulsion des Jésuites par un arrêt du parlement de Bordeaux en 1762. Il a écrit des vers, il a publié, dans sa jeunesse, dans l'Iris de Guyenne, un journal éphémère fondé à Bordeaux. C'est un écrivain tout à fait délicieux !
On lit dans les Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des Lettres en France de Pidansat de Mairobert à la date du 15 juin 1776 un bon résumé de l'ouvrage et de son rôle de propagateur des idées nouvelles : "Le Catéchisme au citoyen, brûlé il y a quelque temps, perce enfin et malgré la vigilance du gouvernement, on en voit quelques exemplaires. Quand on l'a lu, on n'est pas surpris que les partisans du despotisme aient fait de si grands efforts pour l'anéantir. Cet ouvrage, quoique court, traite des objets les plus importants; savoir, du droit public en général, de la constitution et des fins des sociétés politiques, de la puissance législative et de l'exécutive parmi les Français, du roi, du parlement, cour de France ou cour des pairs, des droits communs à tous les membres de l'Etat, de ceux du clergé, de la noblesse, du tiers état, de la religion de l'Etat. Et enfin, dans une récapitulation, l'auteur revient encore sur les grands principes et les expose de nouveau sous un seul et même point de vue. Du reste, il remplit à merveille son titre, c'est à dire, qu'il met à la portée des plus simples et des plus ineptes une doctrine que l'Esprit des Loix et le Contrat social avaient noyée dans une métaphysique fort difficile à entendre. La clarté, la précision et la vérité sont les qualités dominantes de ce catéchisme, écrit avec dureté et sévérité, où l'on apprend, avec la même impartialité, leurs devoirs aux sujets et aux souverains. L'article de la liberté de la presse sur les objets d'administration y est spécialement traité ; et l'empêcher, suivant le publiciste, c'est attaquer la liberté civile, affaiblir le patriotisme qui est le nerf de l'Etat et se rendre violemment suspect de projets contre les loix et la constitution" ( Mémoires secrets... t. 9, p.133)
J'ai trouvé aussi ceci : Calonne. Vous l'avez vu apparaître parmi les ministres du roi. Il avait succédé à Necker. Lorsqu'il quitte ses fonctions, il écrit au roi (Lettre adressée au Roi - 9 février 1789 - Londres, p. 7)
![]() |
| Lettre adressée au Roi - 9 février 1789 - Londres, p. 7 |
J'ai trouvé une lettre dans laquelle il dit : "On voit que le Catéchisme des citoyens, [il le cite, j'ai surligné en jaune], apparaît en tête de ce qu'il appelle "des écrits incendiaires qui semblent tous s'être concertés pour animer la nation aux prétentions les plus démesurées". Écrits incendiaires, le mot est bienvenu, mais le bûcher n'est pas venu à bout de notre Catéchisme, rené de ses cendres, comme le Phénix de l'image.
On lit dans les Mémoires secrets pour servir à l'histoire de la République des Lettres en France de Pidansat de Mairobert à la date du 15 juin 1776 :
Le Catéchisme au citoyen, brûlé il y à quelque temps, perce enfin et malgré la vigilance du gouvernement, on en voit quelques exemplaires. Quand on l'a lu, on n'est pas surpris que les partifans du despotisme aient fait de si grands efforts pour l'anéantir. Cet ouvrage, quoique court, traite des objets les plus importants; savoir, du droit public en général, de la constitution et des fins des sociétés politiques, de la puissance législative et de l'exécutive parmi les Français, du roi, du parlement, cour de France ou cour des pairs, des droits communs à tous les membres de l'Etat, de ceux du clergé, de la noblesse, du tiers état, de la religion de l'Etat ;et enfin, dans une récapitulation, l'auteur revient encore sur les grands principes et les expose de nouveau sous un seul et même point de vue. Du reste, il remplit à merveille son titre, c'est à dire, qu'il met à la portée des plus simples et des plus ineptes une doctrine que l'Esprit des Loix et le Contrat focial avaient noyée dans une métaphysique fort difficile à entendre. La clarté, la précifion et la vérité font les qualités dominantes de ce catéchisme, écrit avec dureté et sévérité, où l'on apprend, avec la même impartialité, leurs devoirs aux sujets et aux souverains. L'article de la liberté de la presse sur les objets d'administration, y est spécialement traité; et l'empêcher, suivant le publiciste, c'est attaquer la liberté civile, affaiblir le patriotifme qui est le nerf de l'Etat et se rendre violemment suspect de projets contre les loix et la constitution.
Mémoires secrets... t. 9, p. 133
Anonymat & Attribution
Il est temps, quand même, de lever le masque de l'anonymat. L'anonymat vous fait disparaître, vous protège, mais en même temps, vous rend célèbre ! Parce qu'on a vu que notre auteur se présentait comme "l'auteur du Catéchisme du citoyen" et que certains publiaient sous anonymat sur le catéchisme pour bénéficier de la notoriété de l'anonyme.
Il y a un ouvrage qui lève le masque, c'est le Dictionnaire des anonymes, ouvrage tout à fait intéressant.
C'est une édition plus ancienne qui comporte Les supercheries littéraires dévoilées. L'auteur s'appelle Barbier, c'est le Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes composés, traduits ou publiés en français avec les noms des auteurs, traducteurs et éditeurs : quatre volumes, publiés entre 1806 et 1809. Là, on a la solution à notre problème : le Catéchisme du citoyen est de Saige. "Nouvelle édition, la première est de 1785", nous dit-il. Ce n'est pas vrai, c'est une coquille, c'est 1775. Puis, un peu plus loin, le Manuel de l'homme libre, on retrouve l'auteur, Saige, avec cette mention qui nous intéresse parce qu'on en sait un peu plus, c'est un" avocat". Et c'est exactement l'édition que j'ai là.
Alors j'ai essayé, puisqu'on parlait d'intelligence artificielle, je me suis dit avant de venir, je vais interroger l'intelligence artificielle.Je me suis demandé, puisqu'elle est si puissante et qu'on nous la vante comme l'avenir de notre époque, je me suis tourné vers DeepSeek, qui est l'intelligence chinoise, celle dont on a beaucoup parlé, qui a défié Chat GPT américain, et je lui ai posé une question tout à fait honnête en lui disant : "Qui est l'auteur du catéchisme du citoyen de 1775 ?
Et j'ai reçu la réponse suivante : "L'auteur du catéchisme du citoyen publié en 1775 est Jean-Paul Marat".
Alors j'ai essayé de lui poser une autre question pour le mettre sur la voie, mais il m'a dit :" Trop occupé pour vous répondre".
Alors je me suis tourné vers Chat GPT et j'ai posé la même question : "Qui est l'auteur du catéchisme du citoyen ?"
Il m'a répondu : "L'auteur du Catéchisme du citoyen de 1775 est Jean-Baptiste de La Salle".
Alors j'ai été sympathique et j'ai dit dans le prompt (la demande) : "Et Guillaume-Joseph Saige ?"
Et là, j'ai eu la satisfaction de voir que j'avais établi une relation personnelle avec Chat GPT qui me répond, je vous lis : "Tu as raison. Guillaume-Joseph Saige est l'auteur du Catéchisme du citoyen. Saige est un prêtre et un théologien français".
Moi j'ai lu que c'était un avocat. J'ai pas abandonné. Il existe une intelligence artificielle française, Mistral AI. Même question, tout le monde joue à armes égales.
Réponse :" L'auteur du Catéchisme du citoyen de 1775 est Jean-Paul Marat".
Alors toujours bienveillant : "Guillaume-Joseph Saige, peut-être ?".
Il y a un ouvrage qui lève le masque, c'est le Dictionnaire des anonymes, ouvrage tout à fait intéressant.
![]() |
| Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes |
C'est une édition plus ancienne qui comporte Les supercheries littéraires dévoilées. L'auteur s'appelle Barbier, c'est le Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes composés, traduits ou publiés en français avec les noms des auteurs, traducteurs et éditeurs : quatre volumes, publiés entre 1806 et 1809. Là, on a la solution à notre problème : le Catéchisme du citoyen est de Saige. "Nouvelle édition, la première est de 1785", nous dit-il. Ce n'est pas vrai, c'est une coquille, c'est 1775. Puis, un peu plus loin, le Manuel de l'homme libre, on retrouve l'auteur, Saige, avec cette mention qui nous intéresse parce qu'on en sait un peu plus, c'est un" avocat". Et c'est exactement l'édition que j'ai là.
Alors j'ai essayé, puisqu'on parlait d'intelligence artificielle, je me suis dit avant de venir, je vais interroger l'intelligence artificielle.Je me suis demandé, puisqu'elle est si puissante et qu'on nous la vante comme l'avenir de notre époque, je me suis tourné vers DeepSeek, qui est l'intelligence chinoise, celle dont on a beaucoup parlé, qui a défié Chat GPT américain, et je lui ai posé une question tout à fait honnête en lui disant : "Qui est l'auteur du catéchisme du citoyen de 1775 ?
Et j'ai reçu la réponse suivante : "L'auteur du catéchisme du citoyen publié en 1775 est Jean-Paul Marat".
Alors j'ai essayé de lui poser une autre question pour le mettre sur la voie, mais il m'a dit :" Trop occupé pour vous répondre".
Alors je me suis tourné vers Chat GPT et j'ai posé la même question : "Qui est l'auteur du catéchisme du citoyen ?"
Il m'a répondu : "L'auteur du Catéchisme du citoyen de 1775 est Jean-Baptiste de La Salle".
Alors j'ai été sympathique et j'ai dit dans le prompt (la demande) : "Et Guillaume-Joseph Saige ?"
Et là, j'ai eu la satisfaction de voir que j'avais établi une relation personnelle avec Chat GPT qui me répond, je vous lis : "Tu as raison. Guillaume-Joseph Saige est l'auteur du Catéchisme du citoyen. Saige est un prêtre et un théologien français".
Moi j'ai lu que c'était un avocat. J'ai pas abandonné. Il existe une intelligence artificielle française, Mistral AI. Même question, tout le monde joue à armes égales.
Réponse :" L'auteur du Catéchisme du citoyen de 1775 est Jean-Paul Marat".
Alors toujours bienveillant : "Guillaume-Joseph Saige, peut-être ?".
Réponse : "Guillaume-Joseph Saige est un auteur et penseur politique du 18e siècle. Il est notamment connu pour avoir écrit le Catéchisme du citoyen , [ évidemment, puisque je lui ai dit !] Moins connu que d'autres figures révolutionnaires comme Jean-Paul Marat ou Maximilien Robespierre...."
Abandonnons l'intelligence artificielle et revenons à notre intelligence naturelle, modeste et frugale, pour continuer et finir avec quelqu'un qui, lui, nous donnait beaucoup d'indications sur Guillaume-Joseph Saige. Quelqu'un dont vous avez sûrement entendu parler parce que c'est Pierre Bernadau, dont vous avez ici le visage peu avenant.
Michel Colle a écrit un livre en l'appelant "le grincheux de Bordeaux".Pas seulement à cause de son visage (pas de délit de faciès !), mais parce qu'il était vraiment grincheux, assez méchant à l'égard de ses contemporains. Mais c'est une mine d'informations, polygraphe, avocat, contemporain de Saige, beaucoup plus jeune : il a 20 ans de moins que Saige. C'est un chroniqueur de la période 1789-1850. Tout est écrit à la main, c'est très lisible, mais il faut avoir la patience de lire. C'est un chroniqueur prolifique, et, suivant Bernadau, j'ai trouvé beaucoup d'informations sur Saige. Notamment dans la Collection héréditaire de mes œuvres. C'est un personnage assez pittoresque.
Il recense les ouvrages de Saige, le Catéchisme du citoyen, dans ses Mémoires manuscrits sur divers sujets nouveaux d'histoire et de littérature : "C'est un livre très hardi en politique pour le temps où il parut et que le Parlement fit brûler. Il est de M. Saige, mort à Bordeaux en 1798. ( là il se trompe, il se trompe souvent Bernadau, mais ce n'est pas mal). Saige, mort à Bordeaux en 1804 ( là, c'est vrai). Après avoir publié plusieurs ouvrages de droit public, celui du Catéchisme du citoyen avait été proscrit par le Parlement en 1785 " (Là encore, il y a une coquille : c'est 1775).
Abandonnons l'intelligence artificielle et revenons à notre intelligence naturelle, modeste et frugale, pour continuer et finir avec quelqu'un qui, lui, nous donnait beaucoup d'indications sur Guillaume-Joseph Saige. Quelqu'un dont vous avez sûrement entendu parler parce que c'est Pierre Bernadau, dont vous avez ici le visage peu avenant.
Michel Colle a écrit un livre en l'appelant "le grincheux de Bordeaux".Pas seulement à cause de son visage (pas de délit de faciès !), mais parce qu'il était vraiment grincheux, assez méchant à l'égard de ses contemporains. Mais c'est une mine d'informations, polygraphe, avocat, contemporain de Saige, beaucoup plus jeune : il a 20 ans de moins que Saige. C'est un chroniqueur de la période 1789-1850. Tout est écrit à la main, c'est très lisible, mais il faut avoir la patience de lire. C'est un chroniqueur prolifique, et, suivant Bernadau, j'ai trouvé beaucoup d'informations sur Saige. Notamment dans la Collection héréditaire de mes œuvres. C'est un personnage assez pittoresque.
Il recense les ouvrages de Saige, le Catéchisme du citoyen, dans ses Mémoires manuscrits sur divers sujets nouveaux d'histoire et de littérature : "C'est un livre très hardi en politique pour le temps où il parut et que le Parlement fit brûler. Il est de M. Saige, mort à Bordeaux en 1798. ( là il se trompe, il se trompe souvent Bernadau, mais ce n'est pas mal). Saige, mort à Bordeaux en 1804 ( là, c'est vrai). Après avoir publié plusieurs ouvrages de droit public, celui du Catéchisme du citoyen avait été proscrit par le Parlement en 1785 " (Là encore, il y a une coquille : c'est 1775).
III) Guillaume-Joseph Saige
Alors qui est Guillaume-Joseph Saige, puisque nous l'avons identifié ?
Il est bien né le 26 février 1746. Il est mort le 31 octobre 1804 (9 brumaire, an XIII). J'ai essayé de reconstituer son arbre généalogique, mais je ne suis pas arrivé à le mettre dans une image.
Vous avez ici un arbre extrêmement simplifié. Il est né d'un couple qui s'appelle François-Armand Saige -mais qui n'est pas le maire de Bordeaux qui porte le même nom. C'est bien ce qui est compliqué dans cet arbre, parce qu'ils ont tous les mêmes noms et les mêmes prénoms. Ils ne se distinguent que par les dates de naissance et par leurs fonctions, et encore pas toujours, parce que quelquefois ils ont les mêmes : ils sont tous président de la chambre de commerce. C'est une famille illustre, abondante. Le père Armand-François Saige est, comme son neveu le maire de Bordeaux, et comme ses ancêtres, un marchand, un commerçant à Bordeaux, qui finira sa vie comme directeur de la chambre de commerce à Bordeaux, puis membre du conseil des gouverneurs de l'île Bourbon. Il meurt à l'île Bourbon. Sa femme, Elisabeth Mitchell, sœur de l'industriel Bordelais, le fondateur de la verrie royale qui fabriquait des bouteilles en France. Quand j'ai cherché Guillaume Saige, j'ai trouvé deux articles Wikipédia, un sur Joseph Saige, qui était avocat général à Bazas, et qui a été élu pendant la Révolution, et François-Armand de Saige, évidemment, qui fut le maire de Bordeaux, guillotiné en 1793. Mais il existe aussi des homonymes de Guillaume-Joseph Saige : un secrétaire du roi.
Donc c'est un peu un cauchemar pour généalogiste et ça mériterait un livre qui pourrait être un « Que sais-je ? »
Il est bien né le 26 février 1746. Il est mort le 31 octobre 1804 (9 brumaire, an XIII). J'ai essayé de reconstituer son arbre généalogique, mais je ne suis pas arrivé à le mettre dans une image.
Vous avez ici un arbre extrêmement simplifié. Il est né d'un couple qui s'appelle François-Armand Saige -mais qui n'est pas le maire de Bordeaux qui porte le même nom. C'est bien ce qui est compliqué dans cet arbre, parce qu'ils ont tous les mêmes noms et les mêmes prénoms. Ils ne se distinguent que par les dates de naissance et par leurs fonctions, et encore pas toujours, parce que quelquefois ils ont les mêmes : ils sont tous président de la chambre de commerce. C'est une famille illustre, abondante. Le père Armand-François Saige est, comme son neveu le maire de Bordeaux, et comme ses ancêtres, un marchand, un commerçant à Bordeaux, qui finira sa vie comme directeur de la chambre de commerce à Bordeaux, puis membre du conseil des gouverneurs de l'île Bourbon. Il meurt à l'île Bourbon. Sa femme, Elisabeth Mitchell, sœur de l'industriel Bordelais, le fondateur de la verrie royale qui fabriquait des bouteilles en France. Quand j'ai cherché Guillaume Saige, j'ai trouvé deux articles Wikipédia, un sur Joseph Saige, qui était avocat général à Bazas, et qui a été élu pendant la Révolution, et François-Armand de Saige, évidemment, qui fut le maire de Bordeaux, guillotiné en 1793. Mais il existe aussi des homonymes de Guillaume-Joseph Saige : un secrétaire du roi.
Donc c'est un peu un cauchemar pour généalogiste et ça mériterait un livre qui pourrait être un « Que sais-je ? »
Saige est avocat. Il est admis au barreau, à 23 ans, en 1768. Il devient l'un de plusieurs centaines d'avocats à Bordeaux, qui exercent dans les années qui précèdent la Révolution (ils sont 300, je crois). Il est beaucoup moins riche que son cousin, qui avait épousé une riche héritière très jeune, une des plus grandes fortunes de Bordeaux et peut-être de France. Il demeure dans un quartier populaire, on le sait, j'ai trouvé la trace dans la rue de la Grande Taupe. Il se marie sur le tard, à 45 ans, avec une femme qui n'est pas une riche héritière. Ils ont un enfant, qui meurt au bout d'un an. Donc, il a une vie qui n'est pas très gaie. Il ne plaide pas beaucoup. J'ai trouvé des commentaires, dans des petits fascicules du barreau, disant qu'il "écrivait mieux qu'il ne plaidait" : la confraternité n'est pas toujours charitable !
Il s'est présenté aux premières élections, au moment de la Révolution, mais n'a pas été élu, de justesse.
Je n'ai pas trouvé de portrait. Peut-être qu'il en existe. Alors je vous ai mis une image qui est celle du Parlement, (face sud, du palais de l'Ombrière), à une époque qui correspond, qui est l'époque où Saige était avocat.
![]() |
| Le Palais de l'Ombrière au XVIe siècle, tiré de l'Histoire des Monuments de Bordeaux de Guillaume-Auguste Bordes (1803-1868). Dessin de Guillaume-Auguste Bordes. Gravure d'Adolphe Rouargue (1810-1870). |
Saige écrit beaucoup. Je vous ai mis quelques-uns de ses livres auxquels il faudrait rajouter le Manuel de l'homme libre que je n'ai pas affiché, parce que vous l'avez déja vu.
Il publie, dès 1771, Caton, ou entretiens sur la liberté et les vertus politiques, Code national ou manuel français à l'usage des trois ordres de députés aux prochains États généraux (dont l'attribution à Saige est douteuse). L'ami des trois ordres, ou réflexions sur les dissensions actuelles, etc. Il publie toujours anonyme, signé "par l'auteur du Catéchisme du citoyen pour servir de suite à cet ouvrage".
Un inédit
Il écrit à peu près 2000 à 2500 pages. Et parmi ses ouvrages, on trouve un inédit, ou plutôt une réattribution. Comme ces tableaux qu'on croyait de la main de tel peintre, puis on découvre qu'en fait, il appartient à une autre peintre : il existe une brochure qui s'appelle Le Moniteur, totalement anonyme, et qui a été publiée et identifiée par un historien français du début du XXe siècle, Philippe Sagnac. Les historiens le connaissent parce que c'est le fondateur de la Revue d'histoire moderne et contemporaine dont il était directeur. Philippe Sagnac écrit un
article où il dit : « J'ai trouvé un texte inconnu, qui est un texte magnifique, que j'ai pensé attribuer à Brissot, mais qui en réalité est de la plume de Condorcet ». Parce qu'il parle des Assemblées provinciales, c'est le style de Condorcet, c'est un style magnifique. Et il dit « C'est Le Moniteur de 1788 ». En réalité, un auteur américain, Clark William Garrett, dans les années 1968, a travaillé sur les quatre exemplaires de ce Moniteur et a montré que l'auteur en était Guillaume-Joseph Saige.
Je suis évidemment allé sur la piste de ces quatre exemplaires, ils ne sont pas faciles à
trouver. On les trouve collationnés dans les manuscrits de Bernadau,
parce qu'il conservait tous les pamphlets de l'époque. Ils sont à la
bibliothèque nationale. C'est pas commode, parce que l'exemplaire n° 4
est sur microfiche et n'a pas été numérisé.
Mais si on regarde les manuscrits de Bernadau, on voit ceci et sous une édition du Moniteur, il dit "trois autres numéros, plus vieux que celui-ci, ont été publiés par le même auteur". Ça, c'est l'écriture de Bernadau : "C'est le seul homme qui s'occupe à Bordeaux du droit public et qui fut très versé. Son Catéchisme du citoyen fut brûlé etc."
![]() |
| Mention manuscrite de Bernadau sous Le Moniteur 1788 |
Mais si on regarde les manuscrits de Bernadau, on voit ceci et sous une édition du Moniteur, il dit "trois autres numéros, plus vieux que celui-ci, ont été publiés par le même auteur". Ça, c'est l'écriture de Bernadau : "C'est le seul homme qui s'occupe à Bordeaux du droit public et qui fut très versé. Son Catéchisme du citoyen fut brûlé etc."
Le musée de Bordeaux
Saige nous ramène au Musée de Bordeaux. et on se rapatrie un peu dans ces locaux, encore que le musée n'aie jamais siégé ici.
Saige a fondé, en 1784, avec d'autres avocats, avec l'abbé Dupont des Jumeaux, le premier musée de Bordeaux dont il devient le secrétaire.
Le musée de Bordeaux d'alors n'a rien à voir avec le musée actuel. C'est pas un lieu où l'on expose des tableaux, etc. C'est plutôt une société savante, qui ressemble à l'Académie de Bordeaux. Musée concurrent, mais très ami avec les académiciens. On trouve des membres de l'académie qui appartiennent au musée de Bordeaux. Il préfigure la société philomathique qui apparaîtra au début du siècle suivant. Le musée est composé de 150 membres. Il est soutenu par l'intendant, Dupré de Saint-Maur. Il a des cotisants. Les cotisations permettent à la société de vivre et financent ses activités. Les femmes - c'est le siècle des lumières - sont "invitées" et peuvent participer aux travaux de la société. Le musée organise des expositions, donne des cours de toutes sortes qui peuvent être techniques, des cours de mathématiques...
On retrouve, à la bibliothèque, le recueil des ouvrages du musée de Bordeaux qui a été publié en 1787. C'est un épais recueil de 442 pages qu'on trouve aux archives et qu'on peut lire en ligne. On y voit que le discours prédiminaire été fait par "Monsieur Saige".
C'est "notre" Saige qui, d'ailleurs, contribue à ce recueil avec, en outre, Le contemplateur nocturne.
Dans la liste des secrétaires, l'on retrouve, à côté l'abbé Sicard, qui a succédé à l'abbé de l'Epée qui s'occupe des sourds et muets et qui a un rôle important pour ces actions, les avocats Gensonné, Vergniaud, Dominique Garat, l’ingénieur Brémontier. De nombreux membres du Musée appartiennent à des loges maçonniques bordelaises.
Le Musée de Bordeaux disparaît en 1796 avec les académies.
Ses idées survivent jusqu'en 1808 avec la création de la Société philomathique de Bordeaux.
![]() |
| Liste dressée par de François de Lamontaigne |
Au milieu, sur le bandeau, lorsque les livres de l'Académie sont confisqués par l'abbé Grégoire en 1793, il y a un P.V. d'inventaire dans lequel on voit les livres empruntés. En dépouillant ce PV, j'ai trouvé que le 17 mars 1793, a été emprunté par le citoyen Saige un volume des oeuvres latines de Rob Boyle.
Rob Boyle est un physicien irlandais du 17ème siècle, préoccupé de religion. C'est un scientifique, un peu alchimiste aussi. Je crois qu'en 2005, il y a eu un colloque à Bordeaux qui s'est intéressé à cet Irlandais.
Que devient notre Saige après la Révolution française ? Il retombe dans l'anonymat, victime de son homonymie et de la célébrité concurrente de son infortuné cousin.
J'ai regardé un peu partout : il y a un site internet qui recense tous les avocats de Bordeaux. C'est le site qui est fait par l'Institut des droits de l'homme du barreau de Bordeaux réalisé par le bâtonnier Favreau. Il y retrace l'histoire du barreau de sa ville avec la mention de Étienne Clérac, dont j'avais parlé, qui était un avocat bordelais du siècle d'avant. Mais aucune mention n'est faite de Saige.
Le seul qui suit la trace de Saige, c'est toujours Bernadau qui le caractérise en une phrase que je vous cite, parce qu'elle me paraît bien le décrire :
"Saige était un homme austère dans toute sa conduite, écrivain élégant et correct, mais trop plein d'idées chimériques de perfectibilité, qui le conduisirent à une misanthropie fatale à son repos et à son bonheur".
Par la suite, on trouve, dans L'histoire de Bordeaux de Camille Jullian, mention de Saige, décrit comme "le plus hardi des commentateurs de Rousseau" (p. 624).
Des historiens américains, dans les années 90, comme Keith Michael Baker
se sont beaucoup intéressés à Saige et qui l'ont étudié de manière plus
approfondie. Juste avant de faire cette conférence, il y a quelques
mois - oct. 2024 -, est paru le livre de Robert Darnton qui s'appelle L'humeur révolutionnaire, qui traite de Saige dans une page et dans plusieurs notes.
J'allais dire qu'il était oublié, mais il ne l'est pas complètement.
Alors, une dernière mention, dernier petit signe de Bernadau. Le viographe bordelais est un ouvrage, réédité, de Bernadau. Il fait le recensement des rues et des monuments historiques : " Au couchant de la rue Fondaudège commence le chemin du Médoc, qui le prolonge jusqu'à Soulac. À l'entrée de ce chemin habitait feu monsieur Saige, l'un des hommes de Bordeaux qui s'est le plus occupé, dans ces derniers temps, des matières politiques et de droit public. On en trouve la preuve dans les ouvrages qu'il a publiés, qui sont aussi fortement pensés que purement écrits".
On va quitter Saige, en le définissant comme un conservateur révolutionnaire. Je pense, en lisant ses oeuvres, à André-Daniel Laffon de Ladebat, qui était un homme très modéré, plutôt monarchiste, qui avait des idées très avancées sur l'abolition de l'esclavage. Il a longtemps été ignoré à Bordeaux, puis redécouvert.
Je crois que Saige, un peu comme Laffon de Ladebat, était un conservateur à l'humeur révolutionnaire. Dans ses livres, il ne parle que de droit. Il n'y a pas d'affect. C'est un juriste.
En le lisant, j'ai quand même trouvé une réflexion, dans L'Opuscule d'un solitaire, réflexion sur les sciences, plaidoyer contre l'athéisme, c'est l'évocation de l'Etre Suprême, (c'est l'époque !). Il écrit ceci, qui est la seule observation personnelle. Il parle de son petit opuscule : "réflexions qui ont occupé les loisirs de ma retraite et qui m'ont aidé à supporter les rigueurs de l'infortune dans les époques orageuses des troubles et des révolutions".
Voilà, nous quittons Saige sur une dernière image. Comme je n'ai pas trouvé d'image de lui, j'ai mis cette image que vous reconnaissez. Je l'imagine parmi les passants à l'arrière, quelque vieillard, sur les quais, derrière toute la famille Lacour au premier plan, pour une dernière promenade.
Il va mourir à la fin de l'année 1804 et ce tableau été peint en 1804.
Saige, les quais de Bordeaux... Bordeaux dont il a été, pour un temps, un illustre. Mais pour aujourd'hui, il reste un illustre inconnu !
Un peu moins, peut-être, grâce à votre aimable attention, pour ces quelques minutes.
Merci !
J'allais dire qu'il était oublié, mais il ne l'est pas complètement.
Alors, une dernière mention, dernier petit signe de Bernadau. Le viographe bordelais est un ouvrage, réédité, de Bernadau. Il fait le recensement des rues et des monuments historiques : " Au couchant de la rue Fondaudège commence le chemin du Médoc, qui le prolonge jusqu'à Soulac. À l'entrée de ce chemin habitait feu monsieur Saige, l'un des hommes de Bordeaux qui s'est le plus occupé, dans ces derniers temps, des matières politiques et de droit public. On en trouve la preuve dans les ouvrages qu'il a publiés, qui sont aussi fortement pensés que purement écrits".
On va quitter Saige, en le définissant comme un conservateur révolutionnaire. Je pense, en lisant ses oeuvres, à André-Daniel Laffon de Ladebat, qui était un homme très modéré, plutôt monarchiste, qui avait des idées très avancées sur l'abolition de l'esclavage. Il a longtemps été ignoré à Bordeaux, puis redécouvert.
Je crois que Saige, un peu comme Laffon de Ladebat, était un conservateur à l'humeur révolutionnaire. Dans ses livres, il ne parle que de droit. Il n'y a pas d'affect. C'est un juriste.
En le lisant, j'ai quand même trouvé une réflexion, dans L'Opuscule d'un solitaire, réflexion sur les sciences, plaidoyer contre l'athéisme, c'est l'évocation de l'Etre Suprême, (c'est l'époque !). Il écrit ceci, qui est la seule observation personnelle. Il parle de son petit opuscule : "réflexions qui ont occupé les loisirs de ma retraite et qui m'ont aidé à supporter les rigueurs de l'infortune dans les époques orageuses des troubles et des révolutions".
![]() |
Pierre Lacour : Vue d'une partie du port et des quais de Bordeaux |
Voilà, nous quittons Saige sur une dernière image. Comme je n'ai pas trouvé d'image de lui, j'ai mis cette image que vous reconnaissez. Je l'imagine parmi les passants à l'arrière, quelque vieillard, sur les quais, derrière toute la famille Lacour au premier plan, pour une dernière promenade.
Il va mourir à la fin de l'année 1804 et ce tableau été peint en 1804.
Saige, les quais de Bordeaux... Bordeaux dont il a été, pour un temps, un illustre. Mais pour aujourd'hui, il reste un illustre inconnu !
Un peu moins, peut-être, grâce à votre aimable attention, pour ces quelques minutes.
Merci !
Jean-Michel Andrault
Merci, Christian Coste. Je crois qu'on a découvert effectivement un illustre inconnu. On connaissait l'autre Saige, le nom, mais pas du tout cette personne. Monsieur Coste est à votre disposition, pour questions, commentaires...
Merci, Christian Coste. Je crois qu'on a découvert effectivement un illustre inconnu. On connaissait l'autre Saige, le nom, mais pas du tout cette personne. Monsieur Coste est à votre disposition, pour questions, commentaires...
Christian Coste
Est-ce que certains d'entre vous connaissaient Guillaume-Joseph Saige ? Il faut chercher pour en trouver les traces. Il n'y avait pas de notice Wikipédia. Vous en trouverez une. Vous verrez que j'ai une grosse dette à l'égard de cette notice. Mais le débiteur ne n'aura pas de difficulté avec le créancier, parce que c'est la même personne. Vous retrouverez les références aux textes et aux articles dans sa notice Wikipédia où j'ai essayé de mettre toutes les informations pour que ceux qui s'intéressent à ce personnage puisse trouver sa trace. Il y a beaucoup de choses qui sont en ligne grâce à Séléné, grâce à tout ce que la bibliothèque de Bordeaux a mis en ligne, grâce à Gallica, où l'on trouve les ouvrages de Saige (...)
Jean-Michel Andrault
Vous n'avez pas trouvé de référence à ce Catéchisme pendant la période révolutionnaire, on parle de Montesquieu... ?
Vous n'avez pas trouvé de référence à ce Catéchisme pendant la période révolutionnaire, on parle de Montesquieu... ?
Christian Coste
Calonne ?
Jean-Michel Andrault
C'est un peu avant !
Christian Coste
Oui. Alors des catéchismes, il y en a partout.
Je vous en ai dit quelques-uns, mais j'en ai trouvé de toutes sortes, sur la politique et sur tout ! Ca devient un "tuto" ! Quand on parle d'un sujet, on fait un catéchisme : en matière de culture du jardin, etc, tout est sujet à catéchisme.
Jean-Michel Andrault
Les almanachs procèdent par question réponse aussi...
Christian Coste
C'est pédagogique. Ce que je crois, c'est qu'il y a là le début de l'instruction civique. L'idée de Saige, c'est de faire en sorte que le citoyen apprenne les textes constitutionnels. Puisqu'il s'agit désormais, dans la nouvelle société, d'un contrat social et qu'il doit contrôler ces dirigeants, il faut que le citoyen apprenne à connaître les lois. Et c'est en même temps la volonté, comme il y avait des "miroirs des princes" dans les siècles passés, où des savants écrivains enseignaient aux princes l'art de gérer le royaume selon les bonnes maximes, Saige s'imagine peut-être écrire un "miroir des citoyens" : il faut apprendre aux citoyens à bien se comporter dans la nouvelle société qui s'annonce. Il y a à la fois le début de l'instruction civique et aussi, je crois, parce qu'il y a toute une partie qui est très juridique, le début des mementos de droit public. Non pas les traités, très savants, mais les mementos, les abrégés. C'est ce que Saige fait.
Il me semble que c'est un texte qui, du point de vue de l'histoire des idées politiques, à une importance qui n'est pas négligeable, parce que les grands textes politiques ne sont pas toujours très lus. Jean-Jacques Chevallier, dans Les grandes œuvres politiques de Machiavel à nos jours, expliquait, dans son introduction, qu'il y avait de très mauvais textes qui étaient des grandes œuvres politiques.
Celui qu'il citait et commentait, dans les années 1950, c'était Mein Kampf, très mauvais texte, mais grande oeuvre politique dans la mesure où l'impact a été considérable.
Ce que dit Robert Darnton dans ce livre qu'il vient de publier sur L'humeur révolutionnaire
(ouvrage magnifique), c'est que, par exemple, Rousseau, qui a été beaucoup lu, qui était extrêmement populaire, ce n'est pas du tout le Rousseau du Contrat social, texte difficile à lire. Le Rousseau que l'on aimait, c'était le Rousseau de La nouvelle Héloïse, des Confessions, le Rousseau qui ouvre son cœur, dans une posture préromantique. Mais celui qui a diffusé le rousseauisme politique, dit Robert Danrton, c'est Guillaume-Joseph Saige. Donc Guillaume-Joseph Saige, depuis quelques mois, est moins inconnu que je ne le dis, grâce à Robert Darnton, dont je vous conseille la lecture.
Robert Danton se réfère à un journal qui ressemble vraiment au journal de Bernadau, qui est le journal de Hardy. Hardy a écrit dans la période correspondante sur Paris un peu près les mêmes choses que Bernadau. C'est un légitimiste, qui décrit la vie parisienne, comme le fait un peu Bernadau pour la vie bordelaise.
Christian Coste
Oui. Alors des catéchismes, il y en a partout.
Je vous en ai dit quelques-uns, mais j'en ai trouvé de toutes sortes, sur la politique et sur tout ! Ca devient un "tuto" ! Quand on parle d'un sujet, on fait un catéchisme : en matière de culture du jardin, etc, tout est sujet à catéchisme.
Jean-Michel Andrault
Les almanachs procèdent par question réponse aussi...
Christian Coste
C'est pédagogique. Ce que je crois, c'est qu'il y a là le début de l'instruction civique. L'idée de Saige, c'est de faire en sorte que le citoyen apprenne les textes constitutionnels. Puisqu'il s'agit désormais, dans la nouvelle société, d'un contrat social et qu'il doit contrôler ces dirigeants, il faut que le citoyen apprenne à connaître les lois. Et c'est en même temps la volonté, comme il y avait des "miroirs des princes" dans les siècles passés, où des savants écrivains enseignaient aux princes l'art de gérer le royaume selon les bonnes maximes, Saige s'imagine peut-être écrire un "miroir des citoyens" : il faut apprendre aux citoyens à bien se comporter dans la nouvelle société qui s'annonce. Il y a à la fois le début de l'instruction civique et aussi, je crois, parce qu'il y a toute une partie qui est très juridique, le début des mementos de droit public. Non pas les traités, très savants, mais les mementos, les abrégés. C'est ce que Saige fait.
Il me semble que c'est un texte qui, du point de vue de l'histoire des idées politiques, à une importance qui n'est pas négligeable, parce que les grands textes politiques ne sont pas toujours très lus. Jean-Jacques Chevallier, dans Les grandes œuvres politiques de Machiavel à nos jours, expliquait, dans son introduction, qu'il y avait de très mauvais textes qui étaient des grandes œuvres politiques.
Celui qu'il citait et commentait, dans les années 1950, c'était Mein Kampf, très mauvais texte, mais grande oeuvre politique dans la mesure où l'impact a été considérable.
Ce que dit Robert Darnton dans ce livre qu'il vient de publier sur L'humeur révolutionnaire
(ouvrage magnifique), c'est que, par exemple, Rousseau, qui a été beaucoup lu, qui était extrêmement populaire, ce n'est pas du tout le Rousseau du Contrat social, texte difficile à lire. Le Rousseau que l'on aimait, c'était le Rousseau de La nouvelle Héloïse, des Confessions, le Rousseau qui ouvre son cœur, dans une posture préromantique. Mais celui qui a diffusé le rousseauisme politique, dit Robert Danrton, c'est Guillaume-Joseph Saige. Donc Guillaume-Joseph Saige, depuis quelques mois, est moins inconnu que je ne le dis, grâce à Robert Darnton, dont je vous conseille la lecture.
Robert Danton se réfère à un journal qui ressemble vraiment au journal de Bernadau, qui est le journal de Hardy. Hardy a écrit dans la période correspondante sur Paris un peu près les mêmes choses que Bernadau. C'est un légitimiste, qui décrit la vie parisienne, comme le fait un peu Bernadau pour la vie bordelaise.
Jean-Michel Audrault
S'il n'y a plus de question, il est presque l'heure. C'est peut-être l'heure pour se séparer
Question
Où a été publié le livre ?
Question
Où a été publié le livre ?
Christian Coste
A Genève et à Amsterdam. Mais le lieu d'édition pouvait être fictif...
Jean-Michel Audrault
Jean-Michel Audrault
On disait souvent "publié à Genève" mais "se trouve parmi les nouveautés à Paris ou à Bordeaux".
Avant de nous séparer, une annonce : c'est professeur Agostino qui nous parlera le 10 mars, presque d'un catéchisme, un ouvrage fondateur, le Petit Lavisse.
Michel Wiedemann
Pourrait-on revoir la gravure avec les ânes ? Je vais essayer de lire les mentions.
"Le Phénix renaissant de ses cendres. Rue serpente. Déposé", ce qui signifie qu'on doit en avoir une trace au cabinet des estampes.
Christian Coste
Au catalogue, elle est indiquée "sans date".
Michel Wiedemann
Le télégraphe de Chappe est en effet un élément qui permet de dater. Il y en avait un sur le clocher de l'église Saint Michel à Bordeaux, comme en attestent les gravures anciennes. Et cela, avant la flèche pointue, contruite par Abadie, il y avait une terrasse, construite à mi-hauteur, et, sur cette terrasse, il y avait un télégraphe Chappe. La gravure n'est pas bordelaise. On ne peut pas identifier le clocher.
________________





.jpg)




































Commentaires
Enregistrer un commentaire